La méditation de l’universitaire et philosophe Roger Folikoue sur la nomination de Kodjo Agbéménya Isaac Jogues Gaglo comme sixième archevêque de Lomé dépasse le simple hommage religieux. À travers une réflexion spirituelle et humaine, l’auteur présente le nouveau prélat comme un homme appelé à faire de l’amour, du service et de la réconciliation les piliers de son ministère épiscopal.
En choisissant de conserver sa devise épiscopale « In finem dilexit eos » — « Il les aima jusqu’au bout » — Mgr Gaglo affirme, selon Roger Folikoue, une vision profonde de la foi chrétienne : celle d’un Dieu qui aime l’homme avant même que celui-ci ne réponde à son appel. Pour l’auteur, cette devise révèle le parcours personnel et spirituel du nouvel archevêque, né à Vogan dans une famille marquée par la coexistence entre catholicisme et protestantisme méthodiste.
Le philosophe insiste sur la dimension universelle de cet amour divin qui pousse à servir sans distinction. Il établit un parallèle avec le film Des hommes et des dieux de Xavier Beauvois, notamment à travers la figure du frère Luc, moine médecin qui soigne tous les souffrants sans chercher à convertir. Pour Roger Folikoue, cette attitude illustre parfaitement le sens du ministère pastoral auquel est appelé Mgr Gaglo : servir l’être humain dans sa dignité, quelles que soient ses convictions.
Dans un contexte togolais marqué par les tensions sociales et les fractures politiques, l’auteur voit également dans cette devise un message d’espérance pour la nation. Il estime que l’action pastorale du nouvel archevêque pourrait s’inscrire dans la continuité de l’œuvre de feu Nicodème Barrigah-Bénissan, connu pour son engagement en faveur de la paix et du dialogue.
Roger Folikoue souligne aussi plusieurs symboles forts du nouveau ministère de Mgr Gaglo, notamment la traduction de sa devise en français et en éwé sur ses armoiries, signe d’une volonté de proximité avec le peuple. La présence d’une seconde traverse sur la croix héraldique traduit, selon lui, l’ampleur nouvelle de la mission confiée au prélat.
À travers cette méditation, l’universitaire dresse finalement le portrait d’un archevêque appelé à être un pasteur proche des fidèles, conscient du poids de sa responsabilité mais porté par la grâce et l’amour de Dieu. Pour Roger Folikoue, le défi de Mgr Gaglo sera de contribuer à bâtir une Église-Famille capable d’accompagner la réconciliation et la fraternité au sein de la société togolaise.
Découvrons La réflexion 👇
MGR KODJO AGBÉMÉNYA ISAAC JOGUES GAGLO : VIᵉ ARCHEVÊQUE DE LOMÉ
En reprenant comme archevêque métropolitain de Lomé sa devise épiscopale « In finem dilexit eos » — « Il les aima jusqu’au bout » (Jn 13,1) — Mgr Kodjo Agbéménya Isaac Jogues Gaglo nous livre bien plus qu’une simple devise : il nous ouvre une fenêtre sur sa profonde expérience spirituelle et sur sa lecture croyante de son histoire personnelle.
Le fils de Vogan, formé à Agbodrafo au sein de la famille Broohm, d’un père catholique et d’une mère méthodiste, semble avoir compris très tôt que l’amour de Dieu précède toujours nos réponses humaines. Dieu aime le premier. Dieu appelle le premier. Dieu fait grâce le premier.
Alors résonnent avec force les paroles de saint Paul :
« Qu’as-tu que tu n’aies reçu ? Et si tu l’as reçu, pourquoi te glorifier comme si tu ne l’avais pas reçu ? » (1 Co 4,7).
Face à cet amour inconditionnel, la réponse de l’homme croyant devient abandon et confiance :
« In manus Tuas, Domine » — « Entre Tes mains, Seigneur ».
En méditant sur cette devise de Mgr Gaglo, mon esprit revient vers le film Des hommes et des dieux de Xavier Beauvois, sorti en 2010. On y découvre notamment le frère Luc, moine cistercien et médecin, au service des souffrants sans distinction de religion, sans instrumentaliser son aide pour convertir. Servir l’homme parce qu’il est homme. Aimer jusqu’au bout.
N’est-ce pas là une manière concrète de servir le Christ souffrant sans acception de personne ?
Dans un contexte où le pluralisme religieux est devenu une réalité incontournable, la diaconie épiscopale apparaît comme une charge immense. Servir aujourd’hui, c’est apprendre à rejoindre l’humain blessé dans sa dignité. C’est aussi, dans un monde traversé par les tensions et les fractures, travailler à restaurer la vérité de l’amour miséricordieux.
Dès lors, je me demande si ce « In finem dilexit eos » dans l’Archidiocèse de Lomé ne s’inscrit pas, d’une certaine manière, dans la continuité du « Beati Pacifici » de votre prédécesseur et ami, feu Mgr Nicodème Barrigah-Bénissan.
L’amour de Dieu, qui guérit ce qui est blessé et redresse ce qui est faussé, ne pourrait-il pas nous rendre capables de bâtir ensemble une véritable Église-Famille de Dieu au service d’une nation togolaise appelée à la réconciliation ?
Mgr Gaglo, lorsque je contemple votre prénom Agbéménya, que j’avais qualifié autrefois de « nom-programme » pour une spiritualité de l’incarnation, je n’ai aucun doute sur votre conscience de la charge reçue. En conservant la même devise comme archevêque de Lomé, vous avez renouvelé votre oui à Celui qui vous dit :
« Ma grâce te suffit, car ma puissance s’accomplit dans la faiblesse » (2 Co 12,9).
Dans le premier chapitre de votre livre, vous citez le prophète Jérémie :
« Ah ! Seigneur mon Dieu ! Vois donc : je ne sais pas parler, je suis un enfant. Mais le Seigneur me répondit : Ne dis pas : je suis un enfant. Tu iras vers tous ceux à qui je t’enverrai… Ne les crains pas, car je suis avec toi » (Jr 1,6-8).
Oui, l’amour de Dieu est force et puissance, mais il est aussi proximité, attention et sollicitude.
Pour l’exercice de votre ministère épiscopal dans l’Archidiocèse de Lomé, vous avez fait le choix inédit de traduire votre devise en français et en éwé au bas de vos armoiries. Mais une autre nouveauté attire également l’attention : sur vos armoiries d’archevêque apparaît désormais une seconde traverse sur la croix placée sous le chapeau ecclésiastique.
Ce détail héraldique traduit certes l’extension de votre charge, mais il évoque aussi, me semble-t-il, cette puissance discrète de l’amour qui transforme les réalités de l’intérieur.
Enfin, à la veille de votre prise de possession canonique, en ce mois de mai qui rappelle également votre baptême reçu le 4 mai 1968, les paroles de saint Augustin me reviennent à l’esprit :
« Pour vous, je suis évêque ; avec vous, je suis chrétien. »
Être évêque est une responsabilité. Être chrétien est une grâce. C’est aussi le rappel que le pasteur appartient lui-même au troupeau, partage la même foi que ses frères et sœurs et marche avec eux afin que, tous ensemble, nous devenions levain de fraternité dans la pâte de notre société.
Mgr Gaglo, nos prières vous accompagnent.
Roger La Joie de la Croix FOLIKOUE





