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Mondial 2026 : Le football africain en question

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La Coupe du monde 2026 devait consacrer l’essor du football africain. Avec un nombre record de sélections qualifiées et des performances prometteuses dès le premier tour, le continent nourrissait l’espoir d’écrire l’une des plus belles pages de son histoire sportive. Mais derrière l’enthousiasme des premiers jours des seizièmes de finales, les désillusions successives sur et en dehors des terrains ont ravivé une interrogation plus profonde : l’Afrique est-elle véritablement maîtresse de son destin ?

Dans une analyse à la fois philosophique, politique et sportive, le philosophe et universitaire Roger Folikoue dépasse le simple commentaire des résultats pour dresser le portrait d’un continent confronté à ses propres fragilités institutionnelles autant qu’aux rapports de force internationaux. Des obstacles administratifs imposés à des officiels et supporters africains aux éliminations cruelles des sélections du continent, l’auteur voit dans cette Coupe du monde le révélateur d’un malaise plus ancien : celui d’une souveraineté revendiquée mais encore insuffisamment incarnée. Son texte, intitulé « Du rêve au cauchemar : l’Afrique en question », invite ainsi à une remise en question lucide, où l’échec ne devient pas une fatalité, mais le point de départ d’une renaissance fondée sur la crédibilité, l’exigence et l’ambition.

⬇️ Lire l’intégralité de la réflexion de Roger Folikoué ci-dessous.

DU RÊVE AU CAUCHEMAR : L’AFRIQUE EN QUESTION

Quand le nombre des représentants des pays africains à la coupe du monde a été élevé à dix (10), nous étions tous contents.
Et quand neuf sur dix ont franchi l’ étape de poule, il y a eu des raisons de fierté pour un continent dont on retrouve ses fils dans presque toutes les autres équipes.

Sur ce plan, la France n’est plus le seul pays à avoir des Français d’origine africaine (cf. les propos d’Ousmane Sonko qui ont suscité en France une vaine polémique) mais plusieurs pays ont des joueurs d’origine africaine : Belgique, Allemagne, Norvège, Angleterre, Suisse, Espagne, Portugal, Pays-Bas etc. et même le Japon qui a causé d’énormes difficultés au Brésil avec un magistral gardien de but: Zion Suzuki.

Quel émerveillement devant ce talentueux jeune gardien japonais, de père Ghanéen et de mère Japonaise, né aux États-Unis !

Quand on voit tous ces talents africains éparpillés dans différentes nations , comment ne pas éprouver, à la fois, une fierté, celle de voir les Noirs briller ailleurs et une gêne, celle d’absence de structures adéquates pour faire éclore tous les talents sur le continent.

La coupe du monde de 2026 est un moment de révélation et de confirmation des talents.

Mais la coupe du monde de 2026 est loin d’ être un rêve au sens positif d’utopie : faire exister ce qui n’a pas encore existé.

Le rêve, qui doit propulser en avant, est vite devenu, surtout le 1 juillet, une véritable désillusion dont il faut chercher les causes.

Mais, la désillusion n’a pas commencé sur le terrain mais avant la date d’ouverture car les États-Unis ont refusé l’accès à leur territoire à l »arbitre africain, le Somalien, Omar Abdulkadir Artan, élu, pourtant, meilleur arbitre masculin d’Afrique en 2025.

Il a été bloqué à l’aéroport de Miami. Ni la CAF et surtout ni la FIFA n’ ont pu débloquer la situation. Tout ce qu’ on a pu faire est de lui trouver une occasion pour arbitrer un match en Europe et lui assurer ses indemnités de la coupe du monde.
Sommes-nous réduits en Afrique à des espèces sonnantes et trébuchantes?

Pour une politique migratoire détestable et déshumanisante, de nombreux supporters africains n’ ont pas pu avoir le visa.

Et là aussi, ni la CAF ni la FIFA n’ont pas réussi à dénouer toutes les situations, et, pourtant, on nous a répété, depuis plusieurs années, que: pas de politique dans le sport.

Les liens entretenus par Gianni Infantino, président de la FIFA, avec Donald Trump, n’ont pas permis le rappel amical mais ferme de ce principe au président des États-Unis.

Et devant tous ces scandales, la CAF est restée, non seulement, impuissante mais muette et inaudible.

Mais comment cela pourrait-il en être autrement quand cette institution ne se fait pas, elle-même, respecter?

Quelle crédibilité accordée à la CAF, qui est empêtrée dans des histoires très peu racontables avec la dernière CAN qui a révélé toutes les puanteurs d’ une institution incapable de faire les choses dans les normes avec respect et honneur?

Si le continent est malade au plan politique avec des contorsions institutionnelles et constitutionnelles (élections truquées, mandat non respecté avec la théorie du compteur à zéro), au plan sportif il s’est fait remarquer par un laxisme qui a tenté d’appliquer une politique de retour sur investissement dans la dernière CAN où on a voulu que le Maroc gagne par tous les moyens.

Dans un tel contexte de déshonneur que peut faire la CAF qui a perdu toute crédibilité d’élever la voix et devant la FIFA et devant Donald Trump?

L’Union Africaine (UA) et la Confédération Africaine de Foot ball (CAF) seraient-elles des institutions sans poids et des serpents sans venin?

Avant les matchs sur le terrain, le rêve américain était déjà un cauchemar et une situation de révélation d’un rapport de force défavorable à un continent qui revendique sa souveraineté mais ne se donne pas les moyens pour s’imposer.

La souveraineté est un principe moderne mais plus qu’ un principe, elle a besoin de s’ affirmer en acte par une véritable capacité de décision juste et incontestable.

Quand la souveraineté est incarnée par des institutions peu crédibles, elle risque de n’ être qu un « flatus vocis »

Pour la coupe du monde de 2026 qui a innové, il serait difficile de dire que CAF a protégé ses membres et il ne serait pas faux de dire que la FIFA doit revoir sa copie pour être une institution respectable et autonome, œuvrant réellement pour des valeurs humaines et de dignité.

Sur le terrain, le 1 juillet 2026 a été le jour de totale désillusion. *Car, après les éliminations de l’Afrique du Sud, à la 92è minute par le Canada,ce qui a fait mal, il y a eu la chute de la Côte d’Ivoire de Nicolas Pépé devant la Norvège à la 86è minute. Et pourtant la Côte d’ Ivoire a fait rêver.

Puis la RDC. Qui n’a pas apprécié les prestations des Congolais devant les Anglais et surtout le joueur Brian Cipenga qui, dès la 7è minute, nous a fait vibrer sur le continent devant Harry Kane et ses coéquipiers, dirigés par Allemand Thomas Tuchel?

Et pourtant le pays du célèbre joueur Pierre Kalala Mukendi a aussi fait voler en éclats nos espoirs à la 75è et surtout 86è minute. Encore la 86è minute.

Et il y a le cas du Sénégal, champion d’Afrique qui dominait le match avec le score de deux buts à zéro face à la Belgique de Rudi Garcia.

Nous croyions que le Sénégal allait faire exception mais hélas. Car le pays du célèbre joueur El-Hadji Diouf, deux fois ballon d’ or africain, n’ a pas fait mieux.
Encore et toujours à la 86è minute, Romelu Lukaku, le Belge d’origine congolaise, en vrai professionnel talentueux et rusé, a redonné l’espoir à l’équipe de Kevin De Bruyne.
Et à la 89è, est venue la crucifixion par Youri Tielemans (un Belge qui a pour mère une femme congolaise). En l’espace de 3 mn les coéquipiers de Sadio Mane ont perdu la bataille, et toute l’Afrique aussi.
En trois minutes, tout est parti. Le rêve a été brisé, il est devenu un cauchemar.
Quelle grande désillusion !

Les lions de la Teranga ont été embobinés par les Diables rouges.
Les champions d’Afrique étaient-ils euphoriques, moins concentrés ou fatigués ?

Il est à noter, sans fétichiser, que tout tourne autour de la 86è minute, comme moment de bascule.

Personne ne peut nier l’existence des talents en Afrique mais on doit s’interroger, non seulement, sur les finitions mais aussi et surtout sur la gestion des fins de matchs des équipes africaines.

Si la remontada, réelle possibilité dans le domaine du Foot, lui donne une certaine particularité, celle qui a transformé le rêve des Africains en cauchemar en cette coupe du monde ne peut pas nous laisser simplement au plan émotionnel.

En dehors du Maroc qui est en 8ème de finale, il reste encore, pour les 16èmes de finale, quatre équipes africaines : Egypte, Algérie, Cap Vert et le Ghana.

Pour les indépendances des pays africains, le rêve, au lieu de transformer les cadres de vie en des espaces de liberté et d’épanouissement, s’est transformé en cauchemar qui fait fuir des Africains vers un ailleurs.

Pour le sport, un domaine de cadres de vie, le rêve est devenu aussi et malheureusement un cauchemar.
Comment peut-on expliquer tout cela ?

Si l’Utopie est ce qui fait rêver en poussant à faire advenir ce qui n’ a pas encore exister et qui n’advient que par un travail assidu et méthodique, révélant la capacité créatrice et inventive de l’être humain, alors la leçon de la désillusion devrait être : Plus jamais ça.

Et si on se remet en question, l’échec devient un passage vers quelque chose de grand et noble.

Savoir apprendre de ses échecs est un chemin de progrès.

Roger la Joie de la Croix FOLIKOUE

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