À l’heure où la Coupe du monde 2026 redessine les espoirs du football africain, le philosophe et universitaire Roger Folikoue propose une réflexion qui dépasse largement le cadre sportif. Des parcours contrastés du Sénégal, du Maroc et de l’Égypte aux défis politiques, culturels et civilisationnels du continent, l’auteur invite les Africains à puiser dans leur héritage pour bâtir un avenir fondé sur l’innovation, le travail, la souveraineté et l’hospitalité. Une tribune qui interpelle autant les consciences que les décideurs, en appelant à faire de l’Afrique un véritable « phare » pour le monde.
➡️ À lire en page suivante : « L’interpellation du Mondial 2026 : Être un phare grâce à un recours aux sources », une réflexion de Roger Folikoue, philosophe et universitaire.

A la dernière CAN les Lions de la Teranga du Sénégal ont dominé les Lions de l’Atlas du Maroc.
Mais à la coupe du monde 2026, les Lions de l’ Atlas sont les premiers représentants qualifiés du continent africain pour les huitièmes de finale.
Si le lion de l’ Atlas est une sous-espèce de la catégorie des félidés, le lion, mammifère carnivore, symbolisant la force et le courage, se trouve, en général, dans plusieurs pays africains.
Ainsi à la force et au courage des fils et filles de ce continent, s’ajoute une troisième valeur dévoilée par le champion d’ Afrique: l’hospitalité. Et c’est bien ce que signifie en wolof la Teranga.
Par conséquent, malgré la défaite des Lions de la Teranga, l’hospitalité doit être notre point d’ ancrage.
Sous cet angle, on doit vraiment questionner les évènements scandaleux et honteux de ces derniers mois en Afrique du Sud.
Devant ces événements, l’Union Africaine n’a pas été à la hauteur de ses responsabilités.Car à l’Afrique chassée sur les autres continents, l’Afrique du Sud a offert l’image d’une extrême barbarie qui décrédibilise tous les discours d’ appel à la reconnaissance et à l’unité. Fermons la parenthèse ici et retournons aux leçons à tirer de la coupe du monde qui continue.
Si les Requins bleus du Cap Vert, tout en étant combatifs, ont perdu naturellement devant l’Albiceleste d’Argentine, on pouvait se donner des raisons de croire et surtout d’espérer pour les Blacks Stars du Ghana devant la Tricolor de la Colombie.
Mais hélas, car dès la 14 è minute Jhon Arias a donné le verdict et, jusqu’à la fin il ne changera pas.
Ainsi après l’ échec des six équipes africaines aux seizièmes de finale, les Fennecs d’ Algérie, les Requins bleus et les Blacks Stars ont pris aussi le chemin du retour sur le continent.
Mais les Pharaons d’Egypte ont su tirer leur épingle du jeu face aux Soccerros d’Australie.
Et l’ Egypte, après le Maroc , est le deuxième représentant de l’Afrique pour les huitièmes de finale de cette coupe du monde. Pour les Pharaons c’est la première fois d’atteindre ce niveau , eux qui ont remporté, a plusieurs reprises, la coupe continentale.
Les coéquipiers de Mohamed Salah et ceux d’ Achraf Hakimi portent désormais le flambeau du continent.
La victoire des Pharaons d’Egypte m’ a fait alors penser à cette grande civilisation de l’Afrique, berceau de l’humanité.
Qui peut oublier les grands centres de formation fréquentés en Egypte par les philosophes et les scientifiques Grecs (Thalès, Pythagore etc ) ?
Qui peut oublier les pyramides, des constructions de haut niveau scientifique?
Qui peut oublier le Sphinx de Gizeh, les pharaons Khéops Ramsès II, Toutânkhamon?
Qui peut oublier la grande École d’Alexandrie, une série de prestigieuses institutions intellectuelles et scientifiques avec de grandes figures comme Origène et Clément d’Alexandrie?
La Didascalée avait une renommée internationale.
Enfin qui peut oublier le grand et puissant phare d’ Egypte qui éclairait les bateaux?
*Si la tentation de l’oubli veut prendre corps, « Nations nègres et Culture » de Cheikh Anta Diop apparaît comme un rappel historique.
Mais il y a aussi tous les travaux de Kalala Omotounde ( cf. L’origine négro- africaine du savoir grec ; Pelasgia, L’histoire africaine de l’Europe ; Cosmogénèse kamite ; Manuel d’études des humanités classiques africaines etc. )
La victoire des Pharaons peut devenir alors un symbole pour tout le continent en cette ère de Verseau, un concept astrologique et spirituel indiquant une transition, un changement d’orientation et de renversement de situation.
C’ est une ère qui symbolise l’ éveil des consciences, l’intelligence collective et la fraternité universelle. Elle est aussi associée au rejet des dominations au profit de l’ idée de co-opération et de partage et enfin à une reconnexion entre la science et la spiritualité.
Dans un tel contexte, la victoire des Pharaons peut être interprétée comme une invitation à un recours aux sources. Il ne s’ agit pas d’ un retour mais d’un recours pour croire en nous-mêmes, en nos capacités de tracer de nouvelles trajectoires, en la puissance gagnante, innovante et transformatrice face aux défis actuels.
La victoire des Pharaons loin de nous faire croire et surtout d’évoquer de façon répétitive mais peu efficace, la civilisation égyptienne de l’antiquité, comme notre seule et unique fierté, devient un principe mobilisateur et de conscientisation pour « réveiller le colosse qui existe en chacun et chacune de nous » ( Kä Mana) sur ce continent.
Car si notre gloire est uniquement au passé, nous sommes psychologiquement et spirituellement incapables de faire face aux défis actuels.
Et faire face aux défis actuels c’est rejeter la médiocrité ( cf Ebénézer Njoh- Mouellé) pour faire de l’Afrique notre avenir par l’ Afrique comme notre Projet ( Kä Mana).
Afrique, notre Projet met alors l’ accent sur notre capacité de nous projeter dans le temps , de sortir de la politique de l’ immédiateté qui nous empêche d’anticiper et de prévenir les crises et les choses.
Le changement de politique devient une urgence et une nécessité vitale
Il s’ agit d’avoir des politiques de projection et de prospection dans tous les domaines et pas seulement des politiques de gestion.
C’ est aussi sortir de la mentalité victimaire après avoir appris de notre histoire de l’esclavage et de la colonisation, afin d’être des créateurs et créatrices d’ avenir par un travail rigoureux dans la durée.
Si les lions symbolisent la reconnaissance de la force, qui est toujours là, il ne s’agit pas, cependant d’ une force brutale, oppressive mais d’une force de transformation pour la création de cadres de liberté, d’épanouissement et d’hospitalité ( Cf. teranga), l’ Egypte, par les Pharaons, symbolise le principe d’innovation, d’ audace et de création pour faire advenir une autre Afrique dans un monde nouveau.
Pour être phare et un phare efficace, le travail rigoureux et continu devient incontournable car l’ efficacité et la puissance d’ extension du phare dépendent nécessairement de la capacité et de l’intensité de l’ énergie qui alimentent le phare.
Un phare n’est un phare efficace que par ce qu’il réalise et non ce que proclame son réalisateur.
Et si le travail rigoureux, puisant dans nos capacités, était notre bâton de pèlerinage avec l’obligation de repenser de nouvelles politiques éducatives, sportives, scientifiques, culturelles et religieuses, une Afrique souveraine et puissante serait une référence pour notre temps !
C’ est possible et cela dépend de nous.
Roger la Joie de la Croix FOLIKOUE





