Mandaté par l’Union africaine, le Togo s’apprête à défendre devant l’Organisation des Nations unies une initiative visant à remplacer la célèbre projection de Mercator, une représentation cartographique datant du XVIᵉ siècle, régulièrement critiquée pour avoir réduit visuellement la taille réelle du continent africain.
Dans un entretien accordé à nos confrères Brut, le ministre togolais des Affaires étrangères, Robert Dussey, estime qu’il est temps de « changer le narratif sur le continent africain » à travers une réforme qu’il présente comme une nécessité historique et scientifique.
Une bataille diplomatique à l’échelle mondiale
Pour espérer faire adopter cette résolution, Lomé et ses partenaires africains devront convaincre bien au-delà des 54 États membres de l’Union africaine. L’enjeu se joue désormais auprès des 192 pays membres des Nations unies.
« Nous sommes en discussion avec nos partenaires non africains afin de parvenir à un document consensuel », explique Robert Dussey, soulignant que l’objectif est d’obtenir une adoption à une très large majorité.
Le chef de la diplomatie togolaise insiste sur le caractère non politique de cette démarche. Selon lui, il ne s’agit pas d’une initiative dirigée contre une puissance ou une région du monde, mais d’une correction fondée sur « une vérité scientifique ».
Des intérêts économiques colossaux
Derrière cette réforme cartographique se cachent également d’importants enjeux financiers. Le ministre reconnaît que la projection de Mercator structure depuis des siècles de nombreux secteurs liés à l’éducation, à la technologie ou encore à la géolocalisation.
« Les livres d’histoire, les manuels de géographie, les puces électroniques et les systèmes GPS ont été conçus sur la base de cette projection », rappelle-t-il. Modifier cette référence mondiale pourrait ainsi nécessiter des investissements de plusieurs milliards de dollars.
Malgré ces implications économiques majeures, le Togo et l’Union africaine considèrent que la reconnaissance de la réalité géographique de l’Afrique demeure une priorité essentielle.
« Tout est prioritaire pour l’Afrique »
Face à ceux qui estiment que le continent devrait concentrer ses efforts sur des urgences économiques ou sociales, Robert Dussey défend une vision plus globale du développement africain.
Pour lui, réduire les priorités africaines aux seules questions financières reviendrait à négliger l’importance de l’histoire, de la géographie et des sciences humaines dans la construction des sociétés.
« Nous avons beaucoup de priorités en Afrique. Mais on ne peut pas dire qu’une priorité vaut plus qu’une autre. Tout est prioritaire », affirme-t-il.
À travers cette initiative, le Togo entend ainsi ouvrir un débat mondial sur la représentation du continent africain et sur la nécessité de corriger des perceptions héritées de plusieurs siècles d’histoire cartographique.
La rédaction





