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Ouganda : Le général qui se croit intouchable

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L’Ouganda est une nouvelle fois secoué par une affaire qui soulève de graves inquiétudes quant à l’état de la démocratie, du respect des droits humains et de l’État de droit dans le pays.

Le général Muhoozi Kainerugaba, chef de l’armée ougandaise et fils du président Yoweri Museveni, a provoqué une onde de choc nationale et internationale en revendiquant publiquement l’arrestation d’un opposant politique tout en promettant de lui infliger « souffrances et douleurs ».

Cette déclaration, faite sans retenue sur les réseaux sociaux, illustre une dérive inquiétante où l’autorité militaire semble s’affranchir des principes fondamentaux de justice pour s’ériger en pouvoir absolu. L’homme visé, Erias Lukwago, figure importante de l’opposition et avocat engagé dans la défense de l’opposant historique Kizza Besigye, venait précisément entreprendre des démarches judiciaires contre le général Kainerugaba lorsqu’il a été arrêté par des militaires dans des circonstances dénoncées comme brutales et arbitraires.

Plus troublant encore, le chef de l’armée ne s’est pas contenté de garder le silence. Il a publiquement revendiqué l’opération, multipliant les propos humiliants et menaçants à l’égard de sa cible. Une attitude qui choque d’autant plus qu’elle émane du plus haut responsable militaire du pays, censé garantir la sécurité des citoyens et le respect de la loi, non s’en moquer ouvertement.

Cette affaire ravive les accusations récurrentes d’impunité visant le régime du président Museveni, au pouvoir depuis près de quatre décennies. Les opposants dénoncent depuis plusieurs années des arrestations arbitraires, des disparitions forcées, des actes de torture présumés et l’utilisation des forces de sécurité pour museler toute contestation politique. L’arrestation de Lukwago apparaît ainsi comme un nouvel épisode d’une longue série de violations dénoncées par les défenseurs des droits humains.

Les déclarations du général Kainerugaba sont particulièrement alarmantes parce qu’elles banalisent la violence d’État. Là où les abus sont généralement dissimulés, ils sont désormais revendiqués et exhibés comme des démonstrations de force. Cette glorification publique de la répression traduit un climat politique dans lequel les institutions semblent progressivement céder le pas à la volonté des hommes forts.

Les comparaisons faites par certains proches de l’opposition avec la sombre époque d’Idi Amin témoignent de la profondeur de l’inquiétude qui traverse aujourd’hui une partie de la société ougandaise. Même si les contextes diffèrent, la peur de voir renaître un pouvoir autoritaire fondé sur l’intimidation, l’arbitraire et la peur gagne du terrain.

Au-delà du cas individuel d’Erias Lukwago, c’est la crédibilité même de la justice ougandaise qui est mise à l’épreuve. Lorsqu’un responsable militaire peut publiquement menacer un citoyen, se vanter de son arrestation et laisser entendre qu’il se situe au-dessus des lois, c’est tout l’équilibre institutionnel qui vacille. Une démocratie ne peut survivre lorsque les armes prennent le pas sur les tribunaux, lorsque la peur remplace le débat et lorsque la force prétend remplacer le droit.

Cette nouvelle affaire apparaît ainsi comme le symbole d’un pouvoir de plus en plus militarisé où la frontière entre l’État, l’armée et les intérêts d’une dynastie politique semble s’effacer dangereusement. Pour de nombreux observateurs, l’Ouganda se trouve à un tournant critique : celui où le silence face à l’arbitraire risque de consacrer définitivement la domination de la force sur la justice.

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