Au Togo à Lomé plus précisément à Agbalépédo, le temps semble avoir figé les promesses. Fermé le 25 septembre 2023 pour cause de délabrement avancé, le Lycée du 2 Février attend toujours sa réhabilitation. Près de trois ans plus tard, aucune reprise effective ne semble avoir redonné vie à cet établissement qui accueillait plus de 1 500 élèves. Une situation qui interroge sérieusement sur les priorités de l’État.
La fermeture était pourtant difficilement contestable. Les bâtiments étaient jugés suffisamment vétustes pour faire craindre un accident grave. Le ministère des Enseignements primaire, secondaire et technique avait alors pris une décision de prudence : évacuer l’établissement et redéployer les élèves vers d’autres lycées, notamment à Cacavéli, Bè-Klikamé, Avédji-Elevagnon et Agoè-Nyivé Centre.
Le ministre de l’époque, Prof. Dodzi Komla Kokoroko, avait évoqué des « travaux accélérés et appropriés ». Une formule qui avait nourri l’espoir d’une solution rapide. Mais le temps a fait son œuvre : les mois ont passé, puis les années, sans que le chantier annoncé ne transforme réellement le visage du site.
Une promesse qui s’enlise
Aujourd’hui, le Lycée du 2 Février reste fermé. Les élèves, eux, ont été contraints de poursuivre leur scolarité ailleurs. Pour certains, cela signifie davantage de kilomètres à parcourir, davantage de temps dans les transports et surtout davantage de dépenses pour les parents.
Ce qui devait être une mesure provisoire s’est progressivement installé dans la durée.
Le plus préoccupant est peut-être là : une fermeture décidée pour protéger les élèves est devenue, faute de solution durable, une situation qui pénalise durablement ces mêmes élèves et leurs familles.
Le Lycée du 2 Février n’est pourtant pas un établissement anonyme. Il compte parmi les grands lycées de Lomé et a contribué à former plusieurs générations de Togolais. Des cadres de l’administration et de la classe dirigeante actuelle y ont eux-mêmes été formés.
Comment expliquer, dès lors, qu’un établissement aussi important puisse rester dans cet état pendant près de trois ans sans qu’une reconstruction clairement visible ne soit engagée ?
Le paradoxe du « 2 Février »
Le dossier prend une dimension particulière en raison de l’histoire attachée au nom de l’établissement.
Construit dans le sillage de la commémoration du « retour triomphal » de Gnassingbé Eyadéma après l’attentat de Sarakawa du 24 janvier 1974, le Lycée du 2 Février appartient à un ensemble d’édifices conçus pour inscrire cet épisode dans la mémoire nationale.
Le paradoxe est aujourd’hui difficile à ignorer : on célèbre abondamment une mémoire politique, tandis qu’un établissement public portant l’une des dates emblématiques de cette histoire se dégrade sous les yeux de tous.
À quoi servent les discours sur la mémoire, si les infrastructures censées en porter les traces sont laissées à l’abandon ?
La question mérite d’être posée, sans polémique inutile, mais avec suffisamment de franchise pour interpeller les responsables publics.
Les élèves attendent, les familles paient
Pendant que le bâtiment se détériore, les conséquences sont très concrètes. Les parents doivent supporter les coûts supplémentaires liés aux déplacements. Les élèves doivent s’adapter à des établissements parfois éloignés de leur domicile. Et la communauté éducative d’Agbalépédo reste privée d’un équipement scolaire majeur.
La fermeture du lycée était justifiée par la sécurité. Son abandon prolongé, lui, appelle désormais des explications.
Le CEG Boka de Nyékonakpoè et l’EPP Zokalegba de Totsi, également concernés par des problèmes de vétusté, avaient eux aussi fait l’objet d’annonces de travaux. Ces situations posent une question plus large : que devient la politique de rénovation des établissements scolaires lorsque les bâtiments deviennent dangereux ?
Entre commémorations et priorités nationales
Le débat dépasse finalement les murs du Lycée du 2 Février. Il touche aux priorités de la gouvernance publique.
Un État peut commémorer son histoire, multiplier les cérémonies et entretenir le souvenir de ses figures historiques. Mais il doit aussi être capable de préserver les écoles, les hôpitaux et les autres infrastructures qui servent quotidiennement à sa population.
Une école qui menace de s’effondrer n’a pas besoin de cérémonie. Elle a besoin d’un chantier.
Le gouvernement togolais est donc attendu sur une question simple : quand les travaux du Lycée du 2 Février commenceront-ils réellement ?
Car près de trois ans après sa fermeture, les élèves ont suffisamment attendu. Les parents ont suffisamment supporté. Et le bâtiment, lui, continue de vieillir.
À force de laisser les promesses s’empiler sans résultats visibles, le risque est désormais de transformer une mesure de sécurité légitime en symbole d’une autre fragilité : celle d’une gouvernance qui peine à transformer ses annonces en réalisations concrètes.
Le défenseur






