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EPP Awazikopé : l’autre visage de l’école togolaise

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En 2026, des élèves togolais étudient encore dans des salles de classe en claie, sans accès régulier à l’eau et avec un déficit d’enseignants. À l’EPP Awazikopé, dans la préfecture de l’Avé, la rentrée scolaire remet en lumière une réalité difficilement compatible avec les ambitions affichées pour l’éducation.

À quelques kilomètres seulement des grands discours sur la modernisation du système éducatif, une autre réalité persiste dans les zones rurales. À l’École primaire publique (EPP) d’Awazikopé, les conditions d’apprentissage restent particulièrement préoccupantes. Certaines salles de classe sont toujours construites avec des matériaux rudimentaires, une situation que les populations locales tentent tant bien que mal de corriger avec leurs propres moyens.

Créée en 1998 à l’initiative des habitants, l’école a longtemps fonctionné dans une grande précarité. Selon Banawe Kolombia, directeur adjoint de l’établissement, les premières années ont été marquées par l’utilisation de matériaux rudimentaires pour aménager les salles de classe. L’établissement n’a été officiellement reconnu par l’État qu’en 2012.

Mais cette reconnaissance administrative n’a pas suffi à transformer profondément les conditions d’accueil des élèves. En 2023 encore, les populations du village ont dû se mobiliser financièrement pour participer à la construction et à l’amélioration des salles de classe.

Aujourd’hui, l’établissement accueille des élèves du CP1 au CM2, avec six niveaux organisés en classes jumelées. Mais derrière cette organisation, les difficultés demeurent criantes : insuffisance d’infrastructures, manque d’enseignants et conditions matérielles qui ne garantissent pas un environnement scolaire digne.

Quand chercher de l’eau devient une obligation scolaire

Le problème ne s’arrête pas aux murs des salles de classe. À Awazikopé, l’eau manque également.

La situation est telle que certains élèves sont libérés avant l’heure normale afin d’aller chercher de l’eau dans un barrage situé à plusieurs kilomètres de l’établissement.

« Nous sommes obligés de les libérer à partir de 16 h 45 ou 16 h 50, afin qu’ils puissent aller chercher de l’eau dans un barrage situé à environ 1 à 2 kilomètres », a expliqué Banawe Kolombia.

Une scène qui pose une question simple, mais lourde de sens : comment exiger des enfants qu’ils réussissent à l’école lorsque leur établissement ne dispose même pas des conditions élémentaires nécessaires à leur apprentissage et à leur hygiène ?

Lorsque les pluies s’installent, la situation devient encore plus préoccupante. Les bâtiments précaires exposent davantage les élèves et peuvent perturber leur présence en classe. L’école rurale se retrouve ainsi confrontée à des difficultés qui dépassent largement le cadre pédagogique.

La solidarité locale ne peut pas remplacer l’État

Face à cette situation, les associations et les populations locales continuent de jouer un rôle essentiel.

Le samedi 5 septembre 2026, à l’occasion de la rentrée scolaire 2026-2027, l’Association Soucions-Nous des Enfants Ruraux (ASNER) s’est rendue à l’EPP Awazikopé pour soutenir les élèves issus de familles vulnérables. L’association a notamment remis une enveloppe de 100 000 francs CFA destinée à contribuer à la réhabilitation de l’établissement.

Un geste louable, mais qui pose une autre question : jusqu’où les communautés et les associations devront-elles se substituer aux pouvoirs publics pour garantir aux enfants ruraux un minimum de dignité scolaire ?

La générosité des associations est précieuse. Les efforts des populations sont admirables. Mais ils ne peuvent constituer une politique publique durable.

Le gouvernement face à ses responsabilités

Le cas de l’EPP Awazikopé interpelle directement les autorités chargées de l’éducation et les responsables locaux. L’école publique ne peut être à deux vitesses : des établissements correctement équipés dans certaines zones et, ailleurs, des enfants contraints d’étudier dans des constructions précaires et de parcourir des kilomètres pour trouver de l’eau.

Le ministre de l’Éducation nationale, Mama Omorou, est ainsi appelé à regarder de près la situation de cet établissement. Les autorités municipales de la commune concernée sont également invitées à travailler avec les services compétents afin d’apporter une réponse concrète et durable.

En 2026, construire des salles de classe dignes, assurer l’accès à l’eau et renforcer les effectifs enseignants ne devrait pas relever de l’exception, encore moins de la charité. C’est une responsabilité fondamentale de l’État.

À Awazikopé, les parents ont déjà fait leur part. Les associations aussi. Il appartient désormais aux pouvoirs publics de prendre leurs responsabilités. Car lorsqu’une école primaire manque de salles de classe, d’eau et d’enseignants, ce n’est pas seulement l’établissement qui est en difficulté : c’est la promesse d’égalité des chances qui vacille.

Le défenseur

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