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Togo- Éducation : Chaque ministre veut sa marque, mais où est la vision nationale ?

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Entre réformes successives, changements de cap et décisions controversées, la gouvernance du système éducatif togolais donne l’impression d’avancer sans véritable continuité. Une situation qui interroge la cohérence des politiques publiques et la nécessité d’une vision durable pour l’école togolaise.

Au Togo, le système éducatif semble confronté à un problème récurrent : la difficulté à inscrire les réformes dans la durée. Au gré des changements à la tête du ministère de l’Éducation nationale, de nouvelles orientations sont adoptées, parfois au détriment des mesures mises en place par les prédécesseurs. Résultat : enseignants, élèves et parents doivent s’adapter à des décisions successives dont la cohérence d’ensemble mérite d’être interrogée.

Le passage de Dodzi Kokoroko, nommé à la tête du ministère des Enseignements primaire et secondaire le 1er octobre 2020, à celui de Mama Omorou, nommé ministre de l’Éducation nationale le 8 octobre 2025, illustre cette problématique. Au-delà des personnes, c’est surtout la question de la continuité de l’action publique qui se pose.

Des innovations hier, des changements de cap aujourd’hui

Sous Dodzi Kokoroko, plusieurs réformes ont été introduites dans le secteur éducatif. Parmi elles figure l’instauration des congés de détente, une mesure présentée comme une innovation dans le calendrier scolaire togolais et qui avait suscité des réactions favorables.

L’objectif était notamment d’introduire une période de repos supplémentaire dans le rythme scolaire. Comme toute réforme, cette initiative pouvait être évaluée, améliorée ou adaptée en fonction des résultats obtenus et des besoins du système éducatif.

Mais avec l’arrivée de Mama Omorou en octobre 2025, le calendrier a connu une nouvelle orientation. Selon les dispositions évoquées, les congés de détente ont été supprimés au profit d’une période de congé programmée du 12 au 21 février 2027.

Une telle modification soulève une interrogation fondamentale : sur quelles évaluations repose ce changement ? Les autorités ont-elles dressé un bilan des effets des congés de détente sur les apprentissages, les performances scolaires et les conditions de travail des enseignants avant de décider de leur suppression ?

Dans la gestion d’un secteur aussi sensible que l’éducation, les réformes ne devraient pas dépendre uniquement des préférences du ministre en fonction. Elles doivent s’appuyer sur des données, des consultations et une vision cohérente des priorités nationales.

De la semaine culturelle à la semaine scientifique : une nouvelle orientation à évaluer

La dynamique de changement se poursuit avec la note circulaire n° 028/2026/MEN/CAB/SG du 14 octobre 2026, qui transforme la traditionnelle « Semaine culturelle » en « Semaine scientifique, technologique et culturelle ».

Sur le principe, cette évolution peut contribuer à renforcer la place des sciences, des technologies et de l’innovation dans les établissements scolaires. À l’heure où les compétences scientifiques et numériques occupent une place croissante dans le développement des nations, cette orientation mérite d’être examinée avec intérêt.

Toutefois, une question demeure : comment cette nouvelle activité s’inscrit-elle dans une stratégie globale de transformation de l’école togolaise ? Quelles ressources seront mobilisées, quels objectifs pédagogiques sont fixés et comment les résultats seront-ils évalués ?

Car modifier l’intitulé d’une activité scolaire ne suffit pas à transformer durablement les apprentissages. L’enjeu est de donner aux établissements les moyens nécessaires pour faire vivre ces ambitions, tout en assurant la cohérence des programmes et des activités pédagogiques.

La suppression des examens du CAP relance le débat

Autre décision majeure attribuée au ministre Mama Omorou : la suppression des examens du Certificat d’aptitude pédagogique (CAP) du premier et du deuxième degré, par l’arrêté n° 320/2026/MEN/CAB/SG/DExCC, signé le 23 octobre 2026.

Ce texte abrogerait les dispositions de l’arrêté du 12 avril 1978 qui encadraient jusqu’alors cette évaluation professionnelle des enseignants.

Une décision de cette portée ne saurait être considérée comme un simple ajustement administratif. La formation, la qualification et l’évaluation des enseignants constituent des piliers essentiels de la qualité de l’enseignement. Toute modification des mécanismes de certification doit donc être accompagnée d’explications précises sur les objectifs poursuivis et sur les dispositifs appelés à remplacer, le cas échéant, les mécanismes supprimés.

Comment les compétences professionnelles des enseignants seront-elles désormais évaluées ? Quelles garanties permettront de maintenir, voire d’améliorer, la qualité de leur préparation au métier ? Et quelles dispositions transitoires sont prévues pour les personnels concernés ?

Autant de questions qui méritent des réponses claires, aussi bien de la part du ministère que des responsables de la formation des enseignants.

L’école togolaise n’est pas un laboratoire de décisions individuelles

Le problème de fond dépasse les congés scolaires, les semaines thématiques ou les examens professionnels. Il touche à la manière dont les politiques éducatives sont conçues, évaluées et mises en œuvre.

À chaque changement de ministre, faut-il nécessairement remettre en cause les décisions précédentes ? Une réforme doit-elle disparaître simplement parce qu’elle a été initiée par un autre responsable ? Si une mesure ne produit pas les résultats attendus, ne serait-il pas préférable de procéder à une évaluation rigoureuse avant de la maintenir, de la corriger ou de l’abandonner ?

L’éducation exige de la stabilité, de la prévisibilité et une capacité à construire sur les acquis. Elle suppose également un dialogue permanent avec les enseignants, les syndicats, les parents d’élèves, les spécialistes de la pédagogie et les autres acteurs concernés.

En l’absence de cette démarche, les changements successifs risquent d’entretenir la confusion, de compliquer la planification scolaire et de fragiliser la confiance des acteurs dans les orientations officielles.

Pour une véritable continuité de l’action publique

Il est donc temps de dépasser la logique des réformes portées au gré des changements de responsables. Le Togo a besoin d’une politique éducative nationale clairement définie, assortie d’objectifs mesurables et suffisamment solide pour survivre aux alternances à la tête du ministère.

Cela implique notamment une évaluation préalable des réformes importantes, une concertation avec les acteurs de terrain et une présentation transparente des motifs qui justifient chaque modification. Les décisions qui engagent durablement l’avenir de l’école devraient également être examinées dans un cadre institutionnel approprié, avec l’implication des autorités compétentes, notamment lorsque leur portée dépasse la simple gestion administrative.

Le Conseil des ministres et les autres instances habilitées peuvent contribuer à renforcer cette cohérence, dans le respect des compétences et des procédures prévues par les textes.

L’objectif n’est pas d’interdire aux nouveaux ministres d’innover. Bien au contraire. Il s’agit de faire en sorte que chaque innovation repose sur un diagnostic sérieux et s’inscrive dans une stratégie collective.

L’école togolaise ne peut pas être gérée comme une affaire de goûts personnels, où chacun arrive avec son plat et jette celui du précédent. Les réformes doivent servir les élèves, soutenir les enseignants et répondre aux besoins du pays, plutôt que refléter les préférences successives de ceux qui dirigent le ministère.

À force de changer de cap sans expliquer clairement les raisons des décisions, le risque est de transformer la réforme en une succession de ruptures. Or, dans l’éducation, les résultats se construisent sur plusieurs années et exigent une action publique cohérente.

Le Togo mérite mieux qu’un système où chaque ministre semble devoir imprimer sa propre marque avant de passer la main. Il lui faut une vision durable, des décisions fondées sur des preuves et une gouvernance capable de préserver les acquis tout en corrigeant les insuffisances.

Une école qui change de direction à chaque changement de pilote risque de perdre de vue sa destination.

Le défenseur

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