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Cameroun : la visite du pape Léon XIV relance le débat sur vérité, pouvoir et responsabilité

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La visite apostolique du pape Léon XIV au Cameroun, loin de susciter un consensus, intervient dans un climat de fortes tensions politiques et ecclésiales. Appels au report, lettres ouvertes et prises de position de clercs comme de laïcs témoignent d’une société traversée par une profonde quête de sens, de justice et de vérité.

Dans son analyse, Roger Folikoue met en perspective cette situation à la lumière de la tradition chrétienne, de saint Augustin à saint Paul, ainsi que de figures africaines engagées telles que Desmond Tutu et d’autres penseurs du continent. Il y voit les signes d’une crise plus large de l’exercice du pouvoir, souvent perçu non plus comme service, mais comme instrument de domination.

La présence du souverain pontife soulève ainsi une interrogation centrale : peut-elle, dans ce contexte, être interprétée comme une forme de légitimation de systèmes contestés, ou incarner au contraire une proximité évangélique fondée sur la justice et la vérité ? Pour Roger Folikoue, l’appel paulinien à « être tout à tous » ne relève ni du compromis ni de la complaisance, mais d’une exigence éthique au service du bien commun.

Au-delà du Cameroun, c’est l’ensemble du continent africain qui se trouve interpellé. Les réflexions de penseurs comme Hannah Arendt nourrissent cette interrogation sur la nécessité de repenser le pouvoir comme responsabilité partagée et exercice collectif de la liberté.

Entre controverses et espérance, cette visite papale apparaît ainsi comme un révélateur : celui d’une Afrique en tension, mais aussi en mouvement, appelée à articuler foi, vérité et transformation sociale.

Découvrez en intégralité le point du professeur Roger Folikoue 👇

TOUT À TOUS : L’EXIGENCE DE LA VÉRITÉ QUI REND LIBRE.

Après avoir puisé de la force en se ressourçant chez St Augustin, un Père de l’Église, un fils du continent africain et réconforté, certainement en silence et dans la discrétion par une mère, Sainte Monique, le Pape Léon XIV poursuit sa visite apostolique au Cameroun, le voyage de toutes les controverses.

On se souvient de la lettre ouverte du père jésuite Ludovic Lado, fils du Cameroun à sa Sainteté le Pape Léon XIV, demandant le report de ce voyage apostolique au Cameroun en ce moment d’incertitude et surtout de malaise politique et ecclésial.

Une lettre ouverte qui a suscité de débats, des prises de position des clercs, des fidèles laïcs et de la hiérarchie. Je me souviens de la lettre-réponse du Père salésien Martial Essindi au Père Lado et aussi de la lettre de certains courageux fidèles laïcs, partagée par Paul Samangassou.

Un débat légitime qui, sous un certain angle, pourrait être le signe d’une vitalité citoyenne et ecclésiale qui n’existe pas dans certains pays du continent.
Mais, sous un autre angle, il dé-voile la profondeur du malaise dans un pays, devenu l’exposant de la situation de plusieurs pays africains.

Or un malaise est toujours l’expression d’un mal-être portant en lui l’aspiration à un mieux- être.
Ce mal-être, à l’analyse, pourrait avoir pour racine la conception et l’exercice du pouvoir.

L’ exercice du pouvoir et dans la cité et dans l’Église ne laisse plus personne indifférent. D’un côté des citoyens se posent des questions sur la légitimité du pouvoir qui n’ est plus au service des citoyens dans un pays où les élections, détournées de leurs rôles, sont devenues des formes de légitimité truquées et tronquées.
Et, d’un autre côté, des citoyens-fidèles laïcs désapprouvent et dénoncent la passivité et une position de fait, jugées non prophétiques, de certains membres de la hiérarchie de l’Église.

On peut alors se demander est-ce encore et toujours le Cameroun du Cardinal Christian Toumi?
Sans exagération et sans aucune idéalisation, on peut élargir la question en se demandant où est passée l’Afrique des cardinaux Joseph- Albert Maloula, le Congolais, Hyacinthe Thiandoum, le Sénégalais, et de Mgr Desmond Tutu, tous des figures de Justice, de la parole de vérité, de chercheurs et de témoins d’un mieux être pour tous?

Le Cameroun a-t-il besoin d’une quatrième visite du pape après celle de Jean Paul II, de Benoît XVI et de François alors qu’ il y a le piège d’une légitimation recherchée dans un contexte de crise socio-politique et éthique ?

Je n’ai pas la prétention de trancher ce débat car les arguments en face sont tous recevables.
Je veux, sans être le porte-parole du Pape, tenter de saisir le sens d’une démarche de proximité du pape Léon XIV qui tire sa source de l’Évangile et surtout de la réalité du mystère de l’Incarnation, formulé par St Paul : Être Tout à tous.

Être tout à tous, ce n’est pas une démarche de compromis et encore moins de compromission.
C’est une démarche de l’Amour mais dans la Vérité et la Justice. Et cela concerne aussi bien les gouvernants politiques et religieux que les citoyens que nous sommes.

Et le message d’être tout à tous dans la Vérité, à partir du Cameroun, devenu l’exposant de plusieurs pays du continent, s’adresse à tous les fils et à toutes les filles des 54 pays qui composent ce beau continent, gâté admirablement par le Créateur à travers ses différentes ressources naturelles et humaines.

Il me semble que le Pape Léon XIV, par son choix de fidélité à Son Maître et Notre Maître, affirme une vérité par des actes et témoigne du pouvoir-diaconie qui est au service des autres et non se constitue en une source de privilèges et de domination.

L’Afrique, pour sortir de son malaise, ne doit-elle pas s’inspirer, à tous les niveaux, de cette conception du pouvoir?

Ne doit-elle pas passer de la conception du pouvoir – domination à celle du pouvoir-avec, une capacité d’agir avec les autres ( cf. Hannah Arendt, et le livre de Mgr Nicodème Barrigah,  » Crise d’autorité, abus de pouvoir » ?

Mais, après avoir dit tout ceci , je pense que la réussite de la visite apostolique en situation de malaise profond doit inventer impérativement des moyens d’échanges et de dialogues directs avec les fidèles- citoyens qui doivent pouvoir s’exprimer en toute liberté pour que la visite ne se réduise pas à des rencontres qui passent prioritairement par des célébrations eucharistiques.

Si, comme le dit le Pape Paul VI, « la politique est une manière exigeante de vivre l’engagement chrétien au service des autres » alors la transformation du continent ne passerait-elle pas par les chrétiens, impliqués véritablement, et toutes les femmes et tous les hommes de bonne volonté, désireux de construire une Afrique nouvelle?

Roger la Joie de la Croix FOLIKOUE

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