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Université publique au Togo : les jours sombres se profilent

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L’université publique togolaise est-elle en train de glisser vers une crise profonde ? À en croire les multiples interventions des enseignants-chercheurs et notamment des Professeurs Titulaires, le malaise n’est plus seulement administratif. Il est désormais institutionnel, académique et risque, selon eux, de compromettre durablement l’avenir de l’enseignement supérieur au Togo pour ne pas dire de l’éducation nationale.

Au cœur de cette colère figure une revendication précise : la signature des décrets de nomination des Professeurs Titulaires promus par le CAMES. Bien que leur grade soit reconnu sur le plan académique dans tous les pays membres de cette institution africaine, plusieurs enseignants attendent toujours, parfois depuis cinq ans, la reconnaissance administrative qui leur permettrait de bénéficier des droits, responsabilités et avantages liés à leur nouveau statut.

Le 2 juillet dernier, des enseignants-chercheurs ont organisé un sit-in sur le campus de l’Université de Lomé pour dénoncer cette situation qu’ils jugent anormale et réclamer une régularisation rapide. Pour eux, il ne s’agit ni d’une faveur ni d’un privilège, mais de l’application normale des textes après une promotion obtenue au terme d’un long parcours de travail et de renoncement et surtout d’un processus d’évaluation scientifique conduit par les instances du CAMES.

Au-delà des décrets de nomination, les enseignants dressent un tableau préoccupant de l’université publique togolaise. Ils dénoncent un manque criant d’enseignants, des amphithéâtres surchargés, des milliers de copies à corriger par un seul enseignant, une recherche scientifique insuffisamment financée et des docteurs formés par les universités qui peinent à être recrutés malgré les besoins évidents. Selon eux, ces difficultés fragilisent progressivement la qualité de l’enseignement supérieur et le rayonnement des universités publiques togolaises.

Plus inquiétant encore, plusieurs professeurs avertissent que si aucune solution n’est trouvée rapidement, des actions plus radicales pourraient être engagées. Parmi les mesures évoquées figurent la suspension des cours, le refus d’encadrer les mémoires et les thèses, ainsi que la non-participation aux jurys et aux activités académiques qui nécessitent l’intervention des Professeurs Titulaires. Il faut noter que pour les institutions universitaires qui se respectent, un jury de thèse doit être composé d’au moins 50% de Professeurs Titulaires ! Aujourd’hui, des spécialités, disciplines et départements des universités publiques du Togo se retrouvent sans Professeurs Titulaires titularisés ! Une telle situation risquerait d’affecter directement le fonctionnement des universités publiques togolaises, le parcours des étudiants et la formation des futurs chercheurs compromis.

Les enseignants mettent également en avant ce qu’ils considèrent comme une inégalité de traitement. Ils rappellent que la promotion des Professeurs Titulaires 2021 de l’Université de Kara a bénéficié de son décret de nomination, tandis que plusieurs collègues de l’Université de Lomé attendent toujours la même reconnaissance administrative pour des promotions de la même période. Certains sont même partis à la retraite sans avoir pu bénéficier des effets financiers et statutaires de leur promotion.

Pour de nombreux observateurs du monde universitaire, cette crise dépasse désormais la seule question salariale. Elle pose celle de la valorisation de l’excellence académique et de la crédibilité des institutions. Comment encourager les jeunes chercheurs à investir des années dans la recherche, les publications scientifiques et les concours du CAMES si, une fois le plus haut grade obtenu, la reconnaissance administrative tarde pendant plusieurs années ? Cette interrogation revient avec insistance dans les débats sur l’avenir de l’enseignement supérieur togolais.

Aujourd’hui, le climat reste tendu et les appels à la régularisation de la situation se multiplient. Les enseignants affirment privilégier encore la concertation, mais préviennent que l’inaction pourrait conduire à une crise sans précédent. Si aucune réponse concrète n’est apportée aux revendications des Professeurs Titulaires, ce sont l’encadrement des étudiants, la recherche scientifique, la formation doctorale et le prestige et la notoriété des universités publiques qui pourraient en subir les conséquences. Les jours à venir seront donc déterminants pour éviter que cette crise ne se transforme en un véritable tournant sombre pour l’université publique togolaise.

La rédaction

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