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Sahel : la voix dissidente qui défie les juntes

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Au moment où les régimes militaires du Burkina Faso, du Mali et du Niger consolident leur emprise politique sous la bannière de l’Alliance des États du Sahel (AES), une nouvelle voix s’élève pour défendre une autre vision de l’avenir de la région. Celle de la Nigérienne Mariama « Mayra » Djibrine, médecin, militante des droits humains et présidente de l’Alliance des Démocrates du Sahel (ADS), devenue l’une des principales figures de l’opposition aux pouvoirs militaires.

Déchue de sa nationalité nigérienne par décret du général Abdourahamane Tiani, une décision dénoncée par plusieurs organisations internationales de défense des droits humains, Mayra Djibrine affirme pourtant ne pas renoncer à son combat. Depuis son exil, elle poursuit son plaidoyer en faveur du retour à l’État de droit, aux libertés fondamentales et à l’ordre constitutionnel dans les trois pays de l’AES.

Fondée à Bruxelles en mai 2026, l’Alliance des Démocrates du Sahel rassemble des acteurs de la société civile, des universitaires et des responsables politiques en exil. Son ambition est de proposer une alternative politique crédible face à une gouvernance militaire qui, selon ses promoteurs, peine à répondre durablement aux attentes des populations malgré un discours centré sur la souveraineté retrouvée.

Pour Mariama Djibrine, les crises qui frappent le Sahel ne trouvent pas uniquement leur origine dans le terrorisme ou les ingérences étrangères. Elles sont aussi le reflet d’institutions fragiles, d’une gouvernance défaillante, de profondes inégalités sociales et d’un affaiblissement progressif de l’État. À ses yeux, remplacer des régimes civils par des juntes ne constitue pas une solution durable si les problèmes structurels demeurent.

Son engagement intervient toutefois dans un contexte particulièrement complexe. Le Sahel reste confronté à une insécurité persistante, à une crise humanitaire majeure, à des millions de déplacés internes et à une pauvreté chronique qui relèguent souvent les débats institutionnels au second plan. Face à ces urgences, une partie des populations continue d’accorder sa confiance aux militaires, espérant qu’ils apporteront enfin stabilité et sécurité.

Mais après plusieurs années de transition, la présidente de l’ADS estime que les régimes militaires doivent désormais être évalués à l’aune de leurs résultats. Si la création de l’AES a marqué une rupture géopolitique importante et affirmé une volonté de souveraineté africaine, les défis sécuritaires restent immenses, les violences persistent, les échéances électorales sont repoussées et les difficultés économiques continuent de peser lourdement sur les populations.

La déchéance de nationalité prononcée contre Mariama Djibrine cristallise aujourd’hui les inquiétudes des organisations de défense des droits humains. La Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) et l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT) dénoncent une mesure qui rend l’opposante apatride et qu’elles considèrent contraire aux engagements internationaux du Niger. Elles y voient un nouvel épisode du rétrécissement de l’espace civique observé depuis le coup d’État de juillet 2023, marqué par des restrictions croissantes contre les défenseurs des droits humains, les journalistes et les opposants politiques.

Au-delà du cas personnel de Mayra Djibrine, cette affaire ravive un débat plus large sur l’avenir du Sahel. Entre aspiration légitime à la souveraineté africaine, exigence de sécurité, respect des libertés publiques et nécessité de bâtir des institutions solides, la région demeure à la croisée des chemins.

Dans une perspective panafricaniste, l’enjeu dépasse l’opposition entre pouvoirs militaires et régimes civils. Il s’agit avant tout de construire une Afrique capable de défendre sa souveraineté sans renoncer à la justice, aux droits fondamentaux et à la participation démocratique. Car une souveraineté véritable ne peut durablement s’affirmer sans institutions fortes, responsables et redevables envers leurs citoyens. C’est sur ce terrain que se jouera l’avenir du Sahel et, plus largement, celui d’une Afrique qui aspire à concilier indépendance politique, stabilité et développement durable.

Le défenseur

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