À une époque où la médisance, les jugements hâtifs et les divisions fragilisent les relations humaines, le philosophe et universitaire Roger Folikoue invite à une réflexion profonde sur le pouvoir transformateur de la parole. S’appuyant sur un passage de l’Évangile selon saint Matthieu, il dépasse la seule dimension spirituelle pour interroger notre responsabilité quotidienne envers autrui. Dans ce texte empreint d’humanisme et d’exigence éthique, l’auteur montre que « purifier l’autre » ne consiste pas à nier ses limites, mais à reconnaître sa dignité, valoriser ses qualités et faire de la bienveillance un levier de réconciliation et de reconstruction du vivre-ensemble. Lisez le texte intégral ci-dessous.
LE POUVOIR DE PURIFIER L’ AUTRE

» Seigneur, si tu veux, tu peux me purifier.
Oui je le veux, sois purifié. » (Mt 8, 2-3)
Ce passage, qui traduit la relation de confiance entre un être de manque, un être limité et l’ Être Source, capable de toute régénérescence, peut être saisi sous un autre angle qui nous renvoie à un plan horizontal dans notre quotidien.
« Si tu le veux, tu peux me purifier », voilà un pouvoir détenu par chaque personne. Oui, un véritable pouvoir.
Pour mieux le saisir, il faut avoir en toile de fond l’ autre réalité qui brise les liens sociaux , les rapports humains et qui constitue un véritable poison pour le vivre ensemble : la capacité de salir l’autre.
Dans la lettre de saint Jacques au chapitre 3, verset 5 à 6 la langue est présentée comme un organe minuscule mais puissant, car elle est capable de diriger ou de désorienter une vie, de construire ou de briser à la fois la vie individuelle et la vie sociale. Elle a le pouvoir de salir tout comme de purifier, elle est un outil de dé-construction mais aussi de re-construction. Elle possède, par conséquent, un double pouvoir immense : celui de bénir et de médire les autres.
« Si tu le veux, tu peux me purifier » peut être, dès lors, une invitation à ne pas salir les autres par la médisance et la calomnie mais de les bénir en étant capable de voir leurs qualités malgré leurs défauts.
Dire du bien (bene dicere) des autres, ce ne n’ est pas les poser comme des êtres sans défauts mais c’est être capable de trouver en eux (elles) ce qu ils/ elles ont comme qualités à valoriser, au-delà des défauts reconnus comme leurs limites.
Purifier alors l’ autre c’est reconnaître ses limites mais aussi ses qualités, c’est le poser comme valeur et cette reconnaissance devient pour lui/elle un appel à mieux faire en cultivant ce qu il/elle a de particulier.
Parce qu’aucun être humain n’ aime être méprisé que la reconstruction du lien social et ecclésial passe par la purification de nos pensées, de nos paroles, de nos regards, de nos gestes et comportements.
Toute réconciliation passe par la purification de la mémoire, de la parole, et des comportements. Et ainsi la purification devient une exigence éthique et un chemin de croissance et pas simplement une cérémonie à faire de temps à autre.
Tout cela est possible si Nous le voulons, car Exister c’est savoir que : Je Suis et Je Veux que Nous soyons.
(Roger la Joie de la Croix FOLIKOUE)





