À l’occasion de la célébration de la Pentecôte ce dimanche à travers le monde, notamment en Afrique où des millions de fidèles chrétiens commémorent la descente du Saint-Esprit, l’universitaire et philosophe togolais Roger Folikoue livre une profonde réflexion spirituelle et culturelle intitulée « Pentecôte, une révolution spirituelle ». Dans ce texte empreint de théologie, de philosophie et d’humanisme, l’auteur revisite le récit biblique des Actes des Apôtres pour mettre en lumière une Pentecôte fondée non sur l’uniformité, mais sur la reconnaissance des langues, des cultures et des différences comme expressions vivantes de l’Esprit. Pour Roger Folikoue, la Pentecôte apparaît ainsi comme un appel à l’inculturation, à la fraternité universelle et au dépassement des divisions religieuses, dans un monde en quête de dialogue, de paix et de coexistence harmonieuse entre les peuples.
Voici la réflexion spirituelle 👇
PENTECÔTE, UNE RÉVOLUTION SPIRITUELLE
Dans les Actes des Apôtres, il est écrit « chacun les entendait parler dans sa propre langue » ( Ac 2, 6).
Voici l’un des effets du miracle de la Pentecôte.
Les apôtres parlaient et chacun entendait le message dans sa langue.
Par ce phénomène, on peut tirer comme conclusion que la Bonne Nouvelle est destinée à tous les peuples et à toutes les cultures.
Mais il me semble que ce serait s’arrêter en chemin de la révolution de la Pentecôte saisie dans toute sa profondeur et sa vérité dans et avec le Christ.
D’ abord il y a eu un grand rassemblement dans la ville de Jérusalem, des gens étaient venus de divers horizons. C’était dans une ambiance de célébration de l’une des fêtes juives, le Chavouot (Pentecôte juive).
Durant cette fête, il s’agissait de veiller toute la nuit en étudiant la Torah et au petit matin de prier.
Ne pourrait-on pas situer le rassemblement de Marie et des Apôtres dans ce cadre à la fois culturel et religieux?
Si on prend aussi la sainte Cène, célébrée le Jeudi Saint, comme du nouveau qui a émergé dans une observance culturelle et religieuse juive, la Pessa’h (Pâque juive), il me semble que la Pentecôte chrétienne aussi est apparue à partir de la célébration d’une fête culturelle et religieuse juive avec la nouveauté de chacun qui a entendu le message dans sa langue. Quelle merveille de saisir Dieu dans sa langue ! Dieu parle toutes les langues.
Ce qui me frappe alors c’est ce à partir de quoi quelque chose de nouveau advient, se dévoile , se manifeste, se vit. Et ce à partir de quoi le neuf est advenu dans les cas de Pâque et Pentecôte, a une dimension culturellement religieuse.
La Pentecôte chrétienne ne serait-elle pas en réalité, non pas une uniformisation ni une universalisation d’un particulier, mais l’invitation à trouver ce que l’Esprit fait émerger des différentes cultures?
Le fait que chaque personne de la foule ait entendu dans sa langue ne serait- il pas un signe ? Qu’y a-t-il de plus culturel que nos langues ? Et elles sont nombreuses.
Et si on découvrait et vivait cette diversité comme une richesse de l’Esprit, prier dans sa langue serait aussi véritablement un des fruits de l’Esprit.
Confesser, proclamer, prier, célébrer Dieu dans et avec sa culture n’est-ce pas ce que signifie l’inculturation? Elle n’est donc pas l’universalisation d’un rite ou d’une façon de faire et de célébrer mais la capacité de trouver le Dieu-avec- nous qui épouse, dans la contingence nécessaire, les différentes manières d’être au monde afin de Le célébrer.
La Pentecôte chrétienne serait alors une fête de la reconnaissance de la diversité des dons, des talents, des cultures etc. mais aussi et surtout un travail en termes de devoir pour la diversité de témoigner du Créateur toujours adoré en esprit et en vérité.
Et si la Pentecôte était une fête qui nous ouvre à une expérience spirituelle qui nous permet d’aller au-delà des guerres de religions et de confessions pour une fraternité ouverte issue de la découverte du Dieu Unique?
Roger la Joie de la Croix FOLIKOUE





