À travers la devise épiscopale « Adiutores gaudii vestri » — « Nous sommes les collaborateurs de votre joie » — choisie par Mgr Yawo Edmond Amékusé, évêque de Kpalimé nommé le 26 juin 2026, le philosophe et universitaire Roger Folikoué livre une réflexion dense sur le sens de l’autorité dans l’Église et dans la société.
Observant les armoiries du nouveau prélat, il y voit bien plus qu’une formule spirituelle : une vision du ministère fondée sur le service, la proximité et le « avec » qui relie le pasteur à son peuple.
Dans un contexte où l’exercice de l’autorité est souvent contesté, cette devise apparaît, selon lui, comme un appel à la coresponsabilité, à l’écoute et à une gouvernance inspirée de l’Évangile.
« ADIUTORES GAUDII VESTRI » : UN INDICATEUR, UNE MÉTHODE ET UNE SPIRITUALITÉ
Le dimanche 2 août 2026 en regardant les images et les vidéos sur le statut de la Sr Aline Awutsé, je découvre les armoiries et la devise de Mgr Yawo Edmond AMEKUSE : « Adiutores gaudii vestri » (2 Co 1, 24. « Nous sommes les serviteurs/ les collaborateurs de votre joie ».)
Comme pour tous les autres évêques, la devise sur les armoiries est un indicateur. Et en tant qu’un condensé de vision et de spiritualité, la devise annonce les couleurs du ministère; elle traduit l’intime conviction du pasteur et surtout, elle se révèle à la fois comme la prise d’ancrage et de recharge du pasteur dans le Christ et également comme l’interrupteur sur lequel le pasteur appuie son doigt pour allumer et éclairer le peuple de Dieu qui lui est confié.
Le passage du 2 Co 1, 24 n’ est donc pas anodin pour Mgr Yawo Edmond Amékusé, né le 16 novembre 1967, ordonné prêtre le 28 décembre 1996 et nommé évêque de Kpalimé le 26 juin 2026.
Je ne lui ai pas demandé les raisons de son choix mais le connaissant, puisque nos chemins se sont croisés en 1979 au petit séminaire Saint Pie X d’ Agoe-Nyivé durant 7 ans puis au grand séminaire de Lomé pendant 4 ans son choix ne m’étonne pas et, en toute liberté, je veux risquer un commentaire. Sa devise traduit une conviction, une méthode et exprime une spiritualité.
L’ évêque d’Hippone, St Augustin, a déclaré : « POUR vous je suis évêque mais AVEC vous je suis chrétien ».
Ici et, dans la richesse du marcher-ensemble, mis en exergue par la synodalité, la devise dit quelque chose de fondamental. Dès lors on peut affirmer que POUR vous je suis évêque mais AVEC vous je suis chrétien et je suis un être humain, envoyé à tous les hommes et à toutes les femmes.
L’ avec est la reconnaissance de la dimension horizontale qui nous relie aux autres mais elle est aussi l’ affirmation de la rencontre de l’horizontale qui croise la verticale en un centre qui fait de l’autorité un gardien (des autres) et un intercesseur ( auprès de Dieu).
L’épiscopat est une charge à bien assumer à condition de saisir que dans la révélation de l’Emmanuel, Dieu-avec-nous, le Christ ouvre notre intelligence à la découverte de l’AVEC comme notre structure fondamentale. La révolution de l’amour est une reconnaissance de l’ avec : relation et communion.
Et parce que je suis AVEC vous être humain et chrétien, l’autorité dans toute communauté est l’instance d’ attention à toutes les personnes pour les faire croître en leur révélant ce qui est en gestation en elles.
La compréhension de l’ avec pose l’autorité comme instance nécessaire pour la croissance et non comme un pouvoir dominateur. Et, de ce fait, elle fait de la charge occupée un moyen de grâce et non un outil de domination et de règlement de compte.
La prise en compte de l’ avec renvoie à trois éléments fondamentaux : amour, disponibilité et pardon.
Dans le passage de Corinthiens, Paul affirme qu’ il n’est pas là pour dominer mais il est serviteur et acteur pour l’évolution de toutes les personnes.
« ADIUTORES GAUDII VESTRI », comme devise, est l’expression d’ un ministère placé sous le signe de l’accompagnement bienveillant et non le signe d’une autorité rigide qui se pose comme référence en tout et qui oublierait la dimension constitutive qui réside dans l’ avec.
Le Christ ne s’est-il pas dévoilé à nous comme une autorité bienveillante à l’égard de tous ?
Après avoir énoncé le principe en Mt 20, 25-28, » les grands de ce monde aiment faire sentir leur pouvoir. Mais cela ne doit pas se passer ainsi parmi vous. Au contraire si l’un de vous veut être grand, il doit être votre serviteur », le Christ est passé, en Jean 13, 13-14, à l’application (TD ou TP) par la scène du lavement des pieds : » Vous m’appelez Maître et Seigneur, et je le suis. Mais si moi le Maître je vous ai lavé les pieds, c’est pour que vous puissiez vous laver les pieds les uns aux autres. »
L’ autorité n’est pas facultative dans la communauté familiale, politique, ecclésiale, scientifique bref dans toute communauté humaine, elle reste la force de gravité, l’ axe central de toute communauté ou pour prendre une image je dirai qu’elle est comme une poule qui couve ses oeufs pour les amener à éclosion. Elle est l’instance qui permet à chaque talent de se développer et de s’exprimer dans l’harmonie des différences.
Ainsi l’ autorité, avec écoute et attention, permet à chaque personne de se réaliser en encourageant mais aussi en étant ferme sur ce qui n’est pas bien.
Dans nos sociétés politiques et ecclésiales où l’autorité est souvent en crise car elle est plus dans la logique du Pour et pas suffisamment dans la vision de l »Avec, ce passage biblique, comme devise, constitue un rappel à nous tous.
Et dans ce rappel qui sauve, elle se présente comme une méthode et une clé pour la synodalité.
Dans cette optique, l’autorité est une capacité d’agir-avec les autres, elle est un pouvoir-avec qui dépasse le pouvoir-sur-les autres (domination).
Et comme capacité d’agir-avec les autres, elle est phénoménologiquement co-opération et co- llaboration, con-certation co-llégialité et com-munion car elle n’oublie pas que l’avec (cum) est la structure ontologique et spirituelle de notre être puisque l’avec est le lieu du dé-voilement de notre être : être politique et être ecclésial.
Enfin, si on regarde bien cette devise qui met l’ accent sur l’AVEC, dans ses présupposés (philosophiques, anthropologiques et théologiques) et dans ses implications (éthiques et juridiques), on peut affirmer qu’elle repose sur la spiritualité de l’incarnation : Dieu- avec- nous (EMMANUEL).
Et ici tout mon être fredonne les paroles de ce chant de communion, associé au Ps 102 :
« Le Christ nous fait asseoir à sa table. Le Royaume de Dieu est au milieu de nous. »
Mgr Yawo Edmond Amékusé mon frère et ami, j’ avais écrit à la suite de votre nomination un texte dans lequel je disais que votre nomination, qui honore le grand séminaire St Jean-Paul II où vous avez été formé, comme nous, et où vous étiez formateur, doit ouvrir une ère nouvelle pour notre pays, notre Église, notre continent. Et il me semble que l’une des clés de cette ère est la compréhension et l’exercice de l’autorité.
Je me permets de vous renvoyer au livre prophétique d’ un de vos amis qui a été aussi l’un de vos prédécesseurs dans la charge épiscopale, Mgr Nicodème Barrigah.
Dans son livre » Crise d’ autorité, abus de pouvoir », il a affirmé que l’autorité est diaconie.
Alors ne peut-on pas soutenir que : être évêque c’ est être diacre ?
Il ne s’ agit pas du diaconat comme premier niveau dans le sacrement de l’ ordre mais de la diaconie en regardant le lavement des pieds du Christ, le jeudi saint.
Et c’ est en cela que votre devise m’ a touché. Il ne s’ agit pas d’une critique adressée à quelq’un mais d’ un appel à nous tous pour mieux exercer nos diverses responsabilités dans la logique de la co-responsabilité car exister c’ est co- exister.
Heureux ministère épiscopal à vous, Mgr Yawo Edmond Amékusé.
Roger la Joie de la Croix FOLIKOUE






