À l’occasion du 15ᵉ anniversaire de la mort de Mouammar Kadhafi, le Mouvement Martin Luther King (MMLK) dénonce les conséquences de l’intervention militaire de l’OTAN en Libye et plaide pour des solutions africaines à la crise libyenne. L’organisation propose également une minute de silence panafricaine chaque 20 octobre et la création d’un Jardin de la mémoire panafricaine au siège de l’Union africaine, à Addis-Abeba.
Quinze ans après la mort de Mouammar Kadhafi, survenue le 20 octobre 2011 à Syrte, la question de l’héritage politique du dirigeant libyen et des conséquences de l’intervention militaire internationale en Libye continue d’alimenter le débat sur la souveraineté africaine. Dans une déclaration publiée à l’occasion de cet anniversaire, le Mouvement Martin Luther King (MMLK), connu sous le slogan « La Voix des Sans-Voix », rend hommage à l’ancien dirigeant libyen et dénonce ce qu’il considère comme un tournant majeur dans l’histoire contemporaine du continent.
Dirigée par le pasteur Edoh Komi, l’organisation togolaise inscrit cette commémoration dans son combat pour l’émancipation politique et économique de l’Afrique. Elle estime que la chute de Kadhafi a durablement fragilisé la Libye et contribué à une déstabilisation régionale dont les effets se font encore sentir, notamment dans l’espace sahélien.
Le MMLK défend l’héritage panafricain de Kadhafi
Dans sa déclaration, le mouvement présente Mouammar Kadhafi comme l’un des défenseurs les plus déterminés de l’intégration africaine. Il met en avant son engagement en faveur des États-Unis d’Afrique, son soutien financier à l’Union africaine et son projet de renforcer l’autonomie monétaire du continent.
Le projet de dinar-or, défendu à l’époque par le dirigeant libyen, occupe une place centrale dans cette lecture de son héritage. Pour le MMLK, cette ambition symbolisait la volonté de réduire la dépendance économique de l’Afrique à l’égard des puissances extérieures et des systèmes monétaires internationaux.
L’organisation souligne également les investissements réalisés sous le régime libyen dans les secteurs sociaux et les infrastructures. Elle considère que les acquis de cette période méritent d’être examinés au-delà de l’image essentiellement négative de Kadhafi véhiculée dans de nombreux discours occidentaux.
Cette défense de son bilan ne saurait toutefois effacer les controverses liées à son exercice du pouvoir, notamment les restrictions des libertés politiques et les violations des droits humains dénoncées sous son régime. Elle traduit surtout la volonté du MMLK de replacer le débat sur Kadhafi dans une perspective panafricaine.
L’intervention de l’OTAN au cœur des accusations
Le mouvement condamne fermement l’intervention militaire menée par l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) en 2011. Il conteste les motivations de cette opération, autorisée par la résolution 1973 du Conseil de sécurité des Nations unies dans le contexte de la protection des populations civiles.
Selon le MMLK, les objectifs affichés de protection des civils ont été dépassés au profit d’une stratégie ayant conduit à la chute du régime libyen. L’organisation estime que cette intervention a compromis les perspectives d’intégration africaine défendues par Kadhafi et aggravé la vulnérabilité politique et sécuritaire de la région.
Le mouvement va plus loin en qualifiant la mort du dirigeant libyen de crime politique contre la souveraineté africaine. Il accuse les puissances occidentales d’avoir contribué à l’effondrement de l’État libyen et appelle à faire toute la lumière sur les responsabilités liées aux événements de 2011.
Ces accusations constituent la lecture politique défendue par le MMLK. Si l’intervention de l’OTAN a joué un rôle déterminant dans l’évolution du conflit libyen, l’affirmation selon laquelle Kadhafi aurait été éliminé spécifiquement pour empêcher la création des États-Unis d’Afrique ou du dinar-or ne constitue pas, en l’état, un fait historiquement établi.
De la crise libyenne à l’instabilité sahélienne
Quinze ans après la chute du régime, la Libye demeure confrontée aux divisions politiques, à la fragmentation des institutions et à la présence de groupes armés. Le pays a également été marqué par la prolifération des armes et les conséquences des interventions étrangères.
Le MMLK établit un lien direct entre cet effondrement et la dégradation de la situation sécuritaire au Sahel. Il estime que la circulation des armes issues des arsenaux libyens a contribué à renforcer les groupes armés opérant dans plusieurs pays de la région, dont le Mali, le Burkina Faso et le Niger.
Si la dispersion des armes libyennes après 2011 est bien documentée, la crise sécuritaire sahélienne répond à des facteurs multiples, notamment les fragilités institutionnelles, les conflits locaux et l’expansion des groupes jihadistes. La déclaration du mouvement met néanmoins en lumière une préoccupation persistante : les conséquences régionales des interventions militaires et l’absence de mécanismes durables de stabilisation.
Le MMLK rapproche également la chute de Kadhafi de la crise ivoirienne de 2011 et de l’arrestation de Laurent Gbagbo, le 11 avril de cette année-là, à l’issue d’une opération militaire impliquant les forces françaises et les Nations unies. Pour l’organisation, ces événements illustrent les difficultés rencontrées par les dirigeants africains revendiquant une plus grande autonomie politique. Cette interprétation s’inscrit dans sa dénonciation plus générale de l’ingérence étrangère sur le continent.
Le MMLK plaide pour une solution africaine à la crise libyenne
Face à la persistance de la crise, le mouvement appelle les Libyens à privilégier le dialogue et la réconciliation nationale. Il demande à l’Union africaine et à l’Alliance des États du Sahel (AES) de s’impliquer davantage dans la recherche d’une issue politique durable.
Le MMLK critique les initiatives diplomatiques conduites dans les capitales européennes, qu’il juge trop étroitement liées aux intérêts économiques et stratégiques des puissances extérieures. Il propose, en revanche, que les efforts de réconciliation soient organisés sur le continent africain, notamment à Lomé, Bamako, Niamey ou Addis-Abeba.
« Aux problèmes africains, des solutions africaines », réaffirme en substance l’organisation, qui fait de la souveraineté des peuples et de la maîtrise des ressources naturelles les piliers de son plaidoyer.
Cette démarche suppose toutefois de réunir les différentes composantes libyennes autour d’un processus inclusif, capable de dépasser les rivalités politiques et territoriales qui entravent la reconstruction de l’État.
Une minute de silence panafricaine et un Jardin de la mémoire
Au-delà de l’hommage rendu à l’ancien dirigeant libyen, le MMLK entend donner à cette commémoration une dimension symbolique et institutionnelle.
Le mouvement propose l’observation, chaque 20 octobre à 12 h 30 GMT, d’une minute de silence panafricaine en mémoire de Mouammar Kadhafi et des personnalités africaines engagées pour la souveraineté du continent. Il invite les établissements scolaires, les universités, les lieux de culte et les institutions à s’associer à cette initiative.
Autre proposition phare : la création d’un Jardin de la mémoire panafricaine au siège de l’Union africaine, à Addis-Abeba. Selon le projet présenté, cet espace accueillerait des arbres dédiés à des figures africaines dont les combats et les idéaux ont marqué l’histoire du continent.
Un baobab portant le nom de Mouammar Kadhafi serait le premier arbre de ce jardin symbolique. Pour le MMLK, cette initiative constituerait un moyen de transmettre aux générations futures la mémoire des luttes panafricaines et de rappeler aux dirigeants africains les exigences de l’indépendance politique et économique.
L’organisation demande également que l’héritage panafricain de Kadhafi soit davantage étudié et que sa contribution à l’intégration africaine fasse l’objet d’une réévaluation historique.
Un appel à réexaminer l’avenir du continent
En célébrant le quinzième anniversaire de la mort de Mouammar Kadhafi, le MMLK entend raviver le débat sur les choix stratégiques de l’Afrique, ses alliances internationales et sa capacité à résoudre ses propres crises.
Pour le pasteur Edoh Komi, cette commémoration dépasse la seule personne de l’ancien dirigeant libyen. Elle doit servir de rappel aux responsables africains sur les enjeux de l’unité, de la souveraineté et de la solidarité entre les peuples.
Reste à savoir quelle suite sera donnée aux propositions formulées par le mouvement, notamment par l’Union africaine et les pays membres de l’AES. Leur concrétisation dépendra de la mobilisation des acteurs concernés et de leur volonté de transformer cet hommage symbolique en initiatives durables.
Quinze ans après la disparition de Kadhafi, le MMLK maintient ainsi sa conviction : la stabilité de la Libye et l’avenir du continent exigent, selon lui, un engagement africain plus affirmé, fondé sur le dialogue, la mémoire historique et la recherche de solutions politiques durables.
La rédaction





