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Économie : sortir de la logique du profit pour privilégier le partage

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Et si l’économie pouvait se penser autrement que dans la seule logique du profit et de la rentabilité ? Dans une réflexion intitulée « La logique de l’amour pour une économie du bonheur partagé », le philosophe et universitaire togolais Roger la Joie de la Croix Folikoue invite à repenser les rapports économiques à partir de la dignité humaine, de la justice et de la solidarité.

S’inspirant notamment de la pensée du philosophe et théologien congolais Kä Mana et de la parabole des ouvriers de la vigne dans l’Évangile selon Matthieu (Mt 20, 1-16), l’auteur interroge une économie fondée sur le calcul et la recherche du gain. Il y oppose une « logique de l’amour », capable, selon lui, de faire de l’économie un instrument au service de l’être humain et du bonheur partagé.

À travers cette réflexion, Roger Folikoue met ainsi en débat les dérives d’un système qui, sur les plans économique, environnemental et relationnel, tend à réduire l’homme à sa seule capacité de produire. Il plaide pour une autre conception du travail, de la richesse et du vivre-ensemble, où la justice et la reconnaissance de la dignité de chacun constituent les fondements d’une société plus solidaire.

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LA LOGIQUE DE L’ AMOUR POUR UNE ÉCONOMIE DU BONHEUR PARTAGÉ

Le titre de cette réflexion fait penser, sans aucun doute, au livre du philosophe et théologien congolais KÄ Mana.
Mon ami, Kä Mana, a écrit, en effet, un livre qui a pour titre « Pour une économie du bonheur partagé, construire une société heureuse ».

Pour ce grand penseur africain, il s’agit de proposer une vision de l’économie fondée sur un humanisme qui a pour socle l’ égale dignité de l’ être humain, dans un monde dominé par la logique néolibérale du profit, une logique calculatrice et exploitatrice.

La logique exploitatrice a essentiellement trois domaines d’application.

Sur le plan économique et social, elle se traduit par la recherche du profit à tout prix, la maximisation de la productivité, la précarisation des travailleurs conduisant à des salaires bas, à des cadences infernales et enfin à l’absence de redistribution équitable des richesses. Il y a un accaparement des biens et des richesses par une minorité.

Sur le plan environnemental, elle correspond à l’extraction effrénée des ressources naturelles (pétrole, autres minerais et déforestation) sans considération pour les limites de la planète ni pour le renouvellement des écosystèmes. C’ est une logique qui ne tient pas compte de l’importance de l’écologie.
La nature est surexploitée et l’ être humain est réduit à un outil de production au service de la religion de la rentabilité.

Sur le plan psychologique et relationnel, elle crée une relation toxique dans laquelle l’une des parties utilise l’autre comme un simple outil pour assouvir ses propres désirs et ambitions.
Tout est devenu calcul.

Dans un tel contexte, l’évangile de ce 25è dimanche de l’ année A, tiré de Mt 20, 1-16, apparaît comme un texte provocateur et scandaleux.

Les premiers ouvriers, embauchés tôt le matin ont des raisons de rouspéter en recevant le même salaire que ceux qui ont travaillé juste 1h dans une journée de travail.

Dans un monde où la rémunération correspond aux heures effectuées et varie selon les domaines et secteurs, on peut s’interroger sur cette pratique du Maître et même le convoquer devant le tribunal du travail pour injustice. Car, après avoir embauché des ouvriers à des heures différentes (tôt le matin, à 9 h puis à midi, à 15h et enfin à 17h), il a organisé une cérémonie de rémunération égale en commençant avec les derniers.

Il leur fait remettre, en effet, un montant pour lequel ces derniers étaient contents et, alors que les premiers étaient en attente du pactole, ils reçurent aussi le même montant.
Quelle surprise ! Quelle déception !
Quelle injustice, ont-ils crié?

Mais le Maître les renvoie à la somme conclue pour réfuter l’idée d’ injustice et de tricherie.
J’ ai été juste envers vous, a dit le chef, car vous avez reçu ce qui était convenu entre nous au nom de la justice.

Mais pourquoi le Maître a-t-il organisé cette cérémonie en commençant par les derniers avec le même montant? N’est-ce pas pour narguer un peu les premiers car il savait qu’ils seraient en attente de recevoir plus?

Le Maître bouscule notre logique mais aussi notre représentation en se référant au principe de l’ amour.
Par amour, il veut donner et il a donné la même somme aux autres sans brimer les premiers.

Dans la logique de l’avoir au service de l’être, la loi d’ amour crée et favorise les conditions du bonheur partagé en tenant compte des besoins des uns et des autres.

La loi de l’ amour fait de l’ économie un moyen pour servir les autres et non un outil pour les dominer.

Elle invite à une économie qui favorise le minimum décent pour tout le monde dans le cadre de la justice comme pilier qui permet de tenir ensemble dans la reconnaissance de la dignité reconnue à tous et à toutes.

Elle fait voir le travail comme une nécessité vitale car l’ être humain se fait en faisant quelque chose (Lanza del Vasto).

Le travail est un droit pour s’épanouir et non un moyen d’assujettissement et d’aliénation.

Cette loi d’ amour n’ admet pas le travail dévalorisant et dégradant qui porte atteinte à la dignité de chaque être humain.

Il n’est pas de la nature d’ une parabole de prendre en compte tous les aspects d’ un problème mais de mettre en exergue un élément et ici il me semble qu’ il s’ agit d’une révolution : être acteur du Royaume exige un changement de mentalité même dans le domaine économique au nom de la loi d’amour qui est l’unique commandement pour un vivre-ensemble dans l’harmonie des différences.

Passer du primat de l’ économie avec une logique calculatrice et exploitatrice à l’ organisation d’ un vivre-ensemble, qui sait qu’ exister, c’ est co- exister, c’ est devenir un artisan d’une société plus juste et plus solidaire (Fratelli tutti du Pape François) qui fournit à tous et à toutes le minimum vital pour une vie décente.

Faire cela c’ est savoir que le Royaume commence dès ici bas à cause du mystère de l’ incarnation, un mystère d’ amour du Royaume qui a la Loi d’ amour pour fondation.

Roger la Joie de la Croix FOLIKOUE

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