À travers une réflexion à la fois philosophique, spirituelle et profondément humaine, le philosophe et universitaire Roger Folikoue invite à dépasser la simple expression de l’absence pour interroger les fractures silencieuses qui traversent les sociétés contemporaines. En s’appuyant sur des références musicales, bibliques et existentielles, l’auteur fait du célèbre « Si tu étais là… » bien plus qu’une plainte née de la perte : il en révèle la portée universelle, celle d’un cri lancé par des millions de personnes confrontées à la solitude, au deuil, à la pauvreté, au chômage, aux injustices sociales ou encore au sentiment d’abandon.
Dans un contexte africain marqué par de profondes inégalités et des défis persistants en matière de développement, Roger Folikoue transforme cette interrogation en un appel à la responsabilité collective. Son texte invite chacun à devenir une présence pour l’autre, une oreille attentive face aux détresses invisibles et un acteur de l’espérance. Loin de se limiter à une méditation religieuse, cette réflexion propose une véritable lecture philosophique et sociale de la condition humaine, plaidant pour une société fondée sur la solidarité, la dignité, le service et le refus de l’indifférence. Une invitation à faire de chaque « Si tu étais là… » non plus le symbole d’une absence, mais le point de départ d’une renaissance individuelle et collective.
L’intégralité de la réflexion à lire si dessous ⏬
SI TU ÉTAIS LÀ…
Dans le monde contemporain, ce titre fait penser à l’ artiste française Louane. Un single poignant, sorti en 2017, qui exprime le manque, l’ absence et la perte de ses deux parents.
Mais, pour un public religieux, il fait penser à » Si seulement tu étais là » de Jean-Claude Gianadda :
» Si seulement Tu étais là, Je pourrais Te confier ma peine. Et puis mes espérances vaines… J’aimerais tant que tu sois-là, dans ces moments insupportables…En attendant que tu sois là, J’écris des poèmes et des fables. Et puis, j’ai même mis la table : Oui, deux couverts …Une présence dans l’absence… »
Les paroles de ce chant associé au psaume 4 exprime une réalité existentielle à laquelle personne n’échappe : croyant ou non croyant.
« Si tu étais là… » est :
. la verbalisation d’ un manque,
. l’ expression de la recherche d’ un réconfort,
. la traduction d’une espérance en face des multiples épreuves de la vie.
La perte d’ une personne importante crée un manque et rend une absence lourde, déboussolante et parfois dé-constructrice. Et dans ces circonstances le « Si tu étais là… » devient répétitif, car il exprime la constante recherche d’une bouée de secours.
Je pense ici à une chanson de l’ artiste togolais Agboti Yao Mawuena relatant les difficultés de l’enfant qui a perdu sa mère et qui est obligé de vivre avec sa marâtre.
Les situations d’ échec, de chômage, de pauvreté et de misère, de désirs non réalisés, de sentiments d’incompréhension et d’abandon, d’ angoisse existentielle etc. sont des réalités dans nos maisons, nos quartiers, nos paroisses et églises, nos associations, nos lieux de travail, nos marchés, nos partis politiques, bref, on les retrouve dans nos pays et sur notre continent. Personne ne peut les nier.
Mais entendons nous les » Si tu étais là… » pour être des oreilles attentives, une présence discrète, un canal pour la Providence, un chemin d’ humanité, une charité qui n’humilie pas mais redonne à l’autre une dignité ?
La peur du lendemain quand le présent n’ offre plus des indices d’avenir radieux à cause des injustices sociales qui ne cessent d’augmenter puisqu’ il y a une mauvaise répartition des biens, un manque de volonté politique pour transformer les conditions et les cadres de vie pour un mieux-être nous mettent en situation d’attente interminable et la vie devient de plus en plus difficile sur un continent qui suscite de nombreuses interrogations, car les différents projets avec de grands noms comme NEPAD, PND etc. n’ont pas porté des fruits.
Avons – nous encore et toujours des raisons d’espérer comme nous y invite Gianadda en ces termes : « Espérer, malgré tout, et quand même. Espérer encore. Espérer, Habiter un : «je t’aime». Espérer encore, Plus fort ! » ?
Quelles politiques sociales, économiques, culturelles, religieuses seraient porteuses de l’espérance pour nos pays et tout notre continent ?
Et si tous les » Si tu étais là… » étaient pour chacun et chacune de nous une invitation à être des oreilles les uns pour les autres et, par conséquent, à sortir de l’indifférence ?
Et si tous les » Si tu étais là… » étaient pour chacun et chacune de nous une chance à saisir pour devenir de plus en plus des êtres épanouis qui auraient compris que le service, dans la bienveillance, était le chemin de notre réalisation?
Et si les « Si tu étais là… » étaient des appels adressés à chacun et à chacune de nous pour matérialiser l’espérance qui ne déçoit pas car elle puise sa source en Dieu, l’auteur de la création qui, en nous associant à son oeuvre, fait de nous des co- créateurs/co- créatrices et des co- transformateurs/ co- transformatrices ?
Pourquoi enterrons- nous alors nos différents talents, par jalousie, au lieu de les faire fructifier pour le bien de tous et de toutes en écoutant les « Si tu étais là… » autour de nous?
Et si nous devenions des réponses aux multiples » Si tu étais là… »?
« Si tu étais là… » enfin renvoie aussi à la phrase de Marthe à Jésus au moment de la mort de Lazare dans l’évangile de St Jean 11, 21.
A partir du manque, de la recherche de réconfort, de l’espérance et en prenant en compte le passage de St Jean, on peut se demander si le « Si tu étais là… » ne serait pas aussi un chemin pour découvrir en nous Dieu comme Principe de vie, d’ action et de résurrection?
Et à partir de cet instant ce qui était en instance de mort en nous et nous poussait à l’indifférence, revit et renait (une résurrection quotidienne) et nos relations avec les autres changent aussi pour une co-existence harmonieuse.
Roger la Joie de la Croix FOLIKOUE





