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mercredi, mai 27, 2026
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Tchad : Le politologue Ferdinand Djimadoum analyse les avancées et les limites de la lutte antiterroriste

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Dans un entretien accordé par visioconférence ce mercredi 27 mai 2026 à Info du Moment du Bénin, Les News d’Ivoire de Côte d’Ivoire et Le défenseur Info du Togo, à l’occasion de la Tabaski, le politologue tchadien Ferdinand Djimadoum, président de l’Association Réveil de la Jeunesse (ARJ), dresse un état des lieux détaillé de la lutte contre le terrorisme au Tchad. Il revient sur les performances militaires du pays, les défis sécuritaires persistants et les perspectives d’amélioration face à l’extrémisme violent dans le Sahel. Voici l’intégralité de l’interview

  • Quelle appréciation faites-vous des efforts actuels des autorités tchadiennes dans la lutte contre le terrorisme ?

Ferdinand Djimadoum : Bonjour chers professionnels de média bonjour à ceux qui nous lisent actuellement. Avant de répondre à cette question, il est indispensable de comprendre ce que symbolisent les couleurs du drapeau tchadien. Le bleu représente le ciel, l’espoir et les eaux du bassin du lac Tchad. Le jaune représente le soleil et le désert du Sahara au nord du pays. Le rouge symbolise le courage, l’unité nationale et le sang versé pour la sauvegarde nationale.

Je dirai que l’armée tchadienne est effectivement reconnue comme l’une des plus aguerries et combatives du continent. Forgée par des décennies de conflits internes et de guerres asymétriques, elle est souvent qualifiée de « gendarme de l’Afrique » pour sa capacité à intervenir rapidement et efficacement sur plusieurs théâtres d’opérations régionaux.

L’ancien président Idriss Déby Itno était largement considéré comme un pilier central de la sécurité régionale et un rempart majeur contre le terrorisme au Sahel. Grâce à une armée expérimentée, il a mené des offensives contre Boko Haram, l’État islamique et d’autres groupes armés dans la région du lac Tchad, au Mali et dans la zone des trois frontières.

Les efforts des autorités tchadiennes révèlent une véritable capacité de résilience, même si le pays reste fortement éprouvé. Militairement, l’armée tchadienne demeure un pilier de la sécurité régionale. Elle multiplie les contre-offensives, les opérations de ratissage et les exercices conjoints dans le bassin du lac Tchad face aux menaces terroristes.

Je ne prends pas parti et je ne cherche pas à glorifier nos forces de défense et de sécurité. En tant que politologue, je privilégie une analyse fondée sur la neutralité axiologique, concept développé par Max Weber, qui permet de séparer les faits des jugements de valeur afin de garantir une approche objective des réalités sécuritaires.

Ainsi, les autorités tchadiennes déploient leurs forces de manière intensive, notamment aux frontières et dans les zones exposées aux menaces extranationales, souvent en première ligne pour contenir l’expansion djihadiste.

  • Quels sont les principaux acquis enregistrés par le Tchad ces dernières années dans ce domaine ?

Ferdinand Djimadoum : Pour répondre à cette question, nous devons être clairs : le Tchad s’est imposé comme un pilier de la stabilité régionale, consolidant sa souveraineté par la fin des accords de défense avec la France et la diversification de ses partenariats.

Ses principaux acquis reposent sur la lutte contre le terrorisme dans le bassin du lac Tchad, la sécurisation de ses frontières et l’affirmation d’une diplomatie active.

Cependant, il faut clarifier certaines choses. J’estime qu’il est important que le Tchad collabore avec des partenaires sérieux. S’agissant des partenariats, il me faut reprendre ma veste de leader associatif pour dire avec franchise que la politique française, telle qu’elle est parfois perçue, semble avant tout guidée par la défense de ses intérêts stratégiques uniquement. L’histoire et l’actualité montrent que dans les relations internationales, les partenariats fondés uniquement sur des intérêts d’un seul camp et sans confiance ni équilibre durable, peuvent rapidement devenir sources de tensions et de désillusions. D’où la nécessité, pour nos États et nos organisations, de privilégier des coopérations équilibrées, transparentes et mutuellement bénéfiques. »

Le Tchad doit donc rechercher des partenariats solides et équilibrés afin de préserver sa souveraineté et renforcer durablement sa sécurité.

  • La stratégie actuelle est-elle adaptée à l’évolution des menaces terroristes dans le Sahel ?

Ferdinand Djimadoum : La stratégie tchadienne de lutte contre le terrorisme me paraît partiellement adaptée, car elle repose sur une puissance militaire aguerrie mais reste fortement mise à l’épreuve par la complexité croissante des menaces, l’instabilité des pays voisins et les défis humanitaires.

Il faut comprendre que la menace terroriste la plus intense et la plus ancienne vient principalement du Nigeria, à travers Boko Haram et certaines de ses branches dissidentes. Ces groupes utilisent le bassin du lac Tchad comme base arrière pour mener des attaques contre les militaires et les populations civiles.

Les autorités tchadiennes doivent donc développer de nouvelles stratégies pour neutraliser durablement cette nébuleuse terroriste. Je pense que des efforts sont en cours et qu’ils peuvent produire des résultats positifs.

Je garde confiance en l’armée tchadienne dans la lutte contre le terrorisme, mais les autorités doivent également assurer une sécurité intérieure forte, conformément aux attentes du peuple tchadien.

  • Quelles sont les principales difficultés auxquelles les autorités continuent de faire face ?

Ferdinand Djimadoum : La lutte contre le terrorisme au Tchad, notamment dans la région instable du bassin du lac Tchad, se heurte à plusieurs défis majeurs.

D’abord, la porosité des frontières, particulièrement entre le Tchad et le Nigeria, constitue une difficulté importante. Le bassin du lac Tchad est une zone marécageuse et difficile d’accès qui facilite la mobilité et le camouflage des combattants de groupes comme Boko Haram.

À cela s’ajoutent la vulnérabilité sociale et la pauvreté. Le manque d’opportunités économiques et le chômage des jeunes sont des facteurs exploités par les groupes extrémistes pour l’enrôlement.

L’armée nationale tchadienne, bien qu’aguerrie, est déployée sur plusieurs fronts et cette mobilisation permanente exerce une forte pression sur les ressources humaines et budgétaires du pays.

Nous faisons également face à une crise humanitaire liée à l’arrivée massive de réfugiés fuyant les conflits au Soudan, en République centrafricaine et au Nigeria, ce qui complique davantage la sécurité dans les zones d’accueil.

Mais il faut aussi proposer des pistes de solution. Il est impératif que l’État investisse davantage dans l’éducation, la formation professionnelle et l’agriculture afin d’offrir aux jeunes des alternatives crédibles face à l’extrémisme violent.

Il faut également renforcer la coopération régionale, mutualiser le renseignement et poursuivre les opérations militaires conjointes via la Force multinationale mixte pour sécuriser efficacement le bassin du lac Tchad.

La professionnalisation des forces de sécurité demeure essentielle, avec des équipements modernes de surveillance, un meilleur encadrement institutionnel et le respect des droits humains pour renforcer la confiance des populations.

Notre association travaille d’ailleurs sur un document intitulé « J’aime ma Patrie », consacré à plusieurs enjeux sécuritaires majeurs : l’agilité tactique, la logistique, le renseignement, la cohésion humaine et la résilience des forces de défense.

Il ne faut pas non plus négliger la résilience climatique. Réhabiliter l’écosystème du lac Tchad demeure essentiel pour restaurer la pêche et l’agriculture, qui constituent des moyens de subsistance fondamentaux.

  • Quelles recommandations concrètes feriez-vous aux autorités ?

Ferdinand Djimadoum : Pour renforcer l’efficacité de la lutte contre le terrorisme, les autorités doivent adopter une approche globale.

Les recommandations s’articulent autour de quatre axes majeurs : le renseignement, la sécurité des frontières, le développement socio-économique et la coopération internationale.

Il faut doter les services de renseignement d’outils modernes d’analyse de données pour anticiper les menaces, notamment dans le cyberespace et les communications chiffrées.

Il faut former davantage les forces de défense et de sécurité aux techniques de guerre asymétrique et au traitement judiciaire des infractions terroristes.

Les leaders locaux et traditionnels doivent être impliqués dans la collecte d’informations afin de renforcer le maillage humain tout en protégeant les populations civiles.

Il faut également renforcer la surveillance des réseaux de blanchiment d’argent, du trafic d’êtres humains et des flux financiers illicites souvent utilisés pour financer le terrorisme.

Les échanges de renseignements en temps réel avec les partenaires régionaux doivent être intensifiés et les législations nationales alignées avec les conventions internationales relatives aux droits humains et à l’État de droit.

Nous poursuivons aussi la sensibilisation autour d’un autre document intitulé « La Brigade sécuritaire ou solution ultime pour la stabilité sécuritaire ». Ce document rassemble plusieurs réflexions destinées à contribuer à la stabilité sécuritaire dans la sous-région.

Propos conjointement recueillis par Info du moment, le défenseur info et les News d’Ivoire

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