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14 septembre : la Croix Glorieuse, de la souffrance à la victoire

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À l’occasion de la fête de la Croix Glorieuse, célébrée ce 14 septembre, le philosophe et universitaire Roger Folikoué propose une réflexion profonde sur le sens de la Croix dans la foi chrétienne. Loin de la réduire à un symbole de souffrance ou de mort, il la présente comme un signe de victoire, d’amour, de liberté et d’espérance, capable de parler à l’humanité au-delà des frontières religieuses et culturelles.

Dans son analyse, Roger Folikoué revient sur les fondements historiques et théologiques de cette célébration, avant d’interroger la portée universelle de la Croix. De la crèche de Bethléem au tombeau vide, en passant par le Golgotha, il souligne le paradoxe d’un Dieu dont la vulnérabilité devient une force et dont l’amour se révèle jusque dans l’épreuve.

S’appuyant notamment sur saint Paul, Blaise Pascal et la pensée de Thomas d’Aquin, l’universitaire rappelle que la raison humaine ne saurait épuiser le mystère divin. Pour lui, la Croix ne doit donc pas être perçue comme une invitation à subir le monde, mais comme une force de transformation, de régénérescence et de fraternité. Elle rassemble, redonne courage aux plus vulnérables et appelle à reconnaître, au-delà des différences, l’humanité comme une communauté de frères et de sœurs.

À travers cette méditation, placée sous le signe de la « joie de la Croix », Roger Folikoué adresse également ses vœux à l’Archidiocèse de Lomé, qui célèbre son anniversaire d’érection le 14 septembre, ainsi qu’aux élèves et à l’ensemble de la communauté éducative du Togo en cette période de rentrée scolaire.

L’intégralité de la réflexion de Roger Folikoue à Lire ↕️

14 SEPTEMBRE : FÊTE DE LA CROIX GLORIEUSE

L’institutionnalisation de cette fête a des raisons historiques. Elle commémore la dédicace de la Basilique du St Sépulcre, construite à Jérusalem par l’empereur Constantin et consacrée le 13 septembre 335.

Et dans cette basilique, le 14 septembre de la même année, la relique de la Croix du Christ a été présentée pour être vénérée par les fidèles.  » Voici le bois de la croix qui a porté le salut du monde. Venez, adorons ».
Voilà ce que nous, les chrétiens catholiques, nous professons depuis des siècles surtout le Vendredi Saint durant la cérémonie de la vénération de la Croix.

La Croix, instrument de supplice, de torture et de mort ignominieuse, est brandie ici comme un trophée de victoire: « Victoire, tu règneras, Ô Croix , tu nous sauveras ».

La fête de la Croix Glorieuse se situe 40 jours après la fête de la Transfiguration ( 6 août).
Cette fête est un construit religieux qui a des bases historiques, des assises théologiques et surtout un sens spirituel pour l’humanisation de tout être.

Comme bases historiques personne ne peut nier la crucifixion de Jésus de Nazareth, le révolutionnaire qui a l’amour comme unique arme politique, sociale, culturelle, religieuse: l’homme qui passait en faisant le bien a bouleversé toutes nos catégories philosophiques (contingent et nécessaire, fini et infini etc ), théologiques (temporaire et spirituel, temporalité et éternité, pur et impur, transcendance et immanence, Dieu Un et Trine etc.), religieuses ( temples bâtiments et nous-mêmes temples de Dieu, ce n’est plus à Jérusalem ou sur le mont Sinaï ou Garizim, Dieu l’inaccessible et Dieu -Père etc).

Comme assises théologiques : le serpent d’ airain mais surtout le passage de 1 Co 1, 17-25. La Croix, folie pour les sages de ce monde, est Sagesse de Dieu.
Le verset 25 dit explicitement que  » la folie de Dieu est plus sage que les hommes, et la faiblesse de Dieu est plus forte que les hommes. »

Dieu a toujours une avance sur nous car « la faiblesse de Dieu » dans la crèche de Noël était déjà plus forte que notre logique humaine.

Et la clarté de l’ étoile qui a dirigé les rois mages annonçait déjà la Lumière resplendissante de la Croix Glorieuse. Une Lumière qui brille dans les ténèbres. Une Lumière qu’on ne peut pas mettre sous le boisseau mais sur le lampadaire pour qu’elle éclaire tout le monde. La Lumière de la Croix n’éclaire pas seulement les chrétiens mais elle brille pour tous et pour toutes. Dieu se moque en quelque sorte de nos différentes dénominations religieuses que nous transformons en des motifs de querelles et de divisions.
N’est-il pas le Dieu qui fait lever son soleil sur les bons comme sur les méchants (Mt 5, 45) ?

De la Crèche à la Croix jusqu’ à la Résurrection ( tombeau vide), ce qui fascine et nous déroute ce ne sont ni la crèche, ni la Croix ni même le tombeau vide qui, tous, ne sont pas des lieux de démonstrations obéissant à la logique rationnelle humaine que nous pouvons prendre, abusivement et par erreur, comme la Norme des normes. Elle est certes une norme mais c’ est une norme indice d’ une autre plus grande qui traverse la nôtre mais la dépasse de très loin. On pourrait penser ici à la classification thomiste de la Lex Aeterna (inaccessible car elle renvoie à l’essence divine qui nous échappe), la Lex naturalis (accessible à l’ Homme par la raison mais il ne fait que la découvrir) et de la Lex humana (une oeuvre humaine à réaliser en conformité avec la Lex naturalis).

On peut aussi penser à Blaise Pascal, le génie et le grand scientifique qui a affirmé que la raison humaine n’est grande que quand elle reconnaît qu’ il y a une infinité de choses qui la dépassent.

L’ amour de Dieu transforme ainsi la crèche avec les excréments des animaux pour montrer que rien et absolument rien en nous ne répugne Dieu , pas même nos péchés.

L’ amour de Dieu va jusqu’à la croix non seulement pour participer à notre vulnérabilité mais surtout pour nous révéler que la vulnérabilité de son amour est en même temps force et source de Vie.
Car il n’y a pas d’amour sans vulnérabilité et l’absence de vulnérabilité serait le signe d’ une indifférence.

Si Dieu est Emmanuel car Il est Amour il ne peut ne pas partager avec nous notre condition humaine. Sa kénose devient une force et non une faiblesse.

C’ est ce qui constitue la joie de Noël, la joie de la Croix, la Joie du tombeau vide, la Joie de la Pentecôte, la Joie dans le quotidien car ce Dieu a, en Jésus-Christ, affirmé : « Et moi je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps » (Mt 28, 20).

La fête de la Croix Glorieuse est contradictoire dans les termes mais ce n’est qu’une contradiction apparente. Et la chanson « Victoire , tu règneras », écrite par l’Abbé André Losay et harmonisée par l’Abbé David Julien est assez révélatrice :

La Croix rayonne sur le monde, elle ne symbolise pas que la souffrance, la maladie, la détresse. Elle est Source d’ un rayonnement. Elle rayonne pour toutes les personnes qui cherchent la Vérité.

La Croix est Source féconde d’ amour et de liberté. Dieu aime tous les êtres humains dans le respect de leur liberté. Un amour qui ne respecte pas l’autre n’est pas un amour. Mais l’amour qui laisse libre est celui qui implique une éthique comme une conséquence, sans transformer ou réduire la Bonne Nouvelle de Dieu  » Dieu t’ aime » en une morale humaine.

La Croix redonne la vaillance aux pauvres et aux malheureux. Elle n’est pas l’opium du peuple en défendant un assujettissement aux forces obscures et oppressives de ce monde en faisant miroiter le paradis, mais elle pousse à la transformation de ce monde, une œuvre divine, pour mieux vivre. Et alors elle devient une force créatrice et de régénérescence.

La Croix rassemble et nous invite à nous découvrir tous et toutes comme des frères et des sœurs du même Père qui est Amour.

Comme symbole d’une Lumière qui brille pour nous tous et qui prend en compte nos conditions d’existence, la Croix invite à la reconnaissance de Dieu comme Notre Père et à la reconnaissance des autres comme nos frères et sœurs au delà de nos différences ethniques, nationales, politiques, sociologiques religieuses …car la pluralité est la loi de l’existence.

Bonne fête à tous et à toutes.

Bonne fête à l’Archidiocèse de Lomé érigé le 14 septembre 1955.

Bonne rentrée scolaire à tous les élèves du Togo.

Roger la Joie de la Croix FOLIKOUE

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