La justice togolaise traverse une zone de turbulences. Dans les tribunaux, l’accumulation des dossiers non traités, les lenteurs répétées et certaines décisions controversées nourrissent un malaise profond. Au sein de l’opinion publique, la confiance s’effrite. Trop de procédures semblent s’enliser, trop de plaintes dorment dans les tiroirs, pendant que prospèrent soupçons de corruption, arrangements opaques et influences de toutes sortes.
Face à cette réalité, l’Union syndicale des magistrats du Togo (USYMAT) admet l’existence d’un fossé entre la justice et les citoyens. Un constat lucide, mais qui ne saurait suffire. Car au-delà du déficit de communication souvent évoqué, c’est bien l’état d’exécution des missions judiciaires qui interroge : dossiers fonciers sensibles, contentieux administratifs, affaires pénales d’intérêt public… autant de fronts où les attentes restent immenses et les réponses, parfois, décevantes.
Dans ce contexte tendu, le nouveau secrétaire général de l’USYMAT, Cyrille Letaaba, substitut général près la Cour d’appel de Lomé, promet un changement de cap. Il évoque transparence, dialogue et réformes internes. Des intentions salutaires. Mais la crédibilité ne se décrète pas ; elle se construit par des actes concrets, mesurables, visibles.
Les magistrats ont aujourd’hui du pain sur la planche. Ils doivent non seulement accélérer le traitement des dossiers et renforcer la rigueur dans leurs décisions, mais aussi extirper de leur environnement toute pratique qui ternit l’image de la robe noire : conflits d’intérêts, clientélisme, compromissions financières. L’assainissement du milieu judiciaire ne peut plus attendre.
Cette exigence dépasse la seule corporation. Elle s’inscrit dans la vision d’un État de droit consolidé, porté par le président du Conseil, Faure Gnassingbé, dont l’ambition affichée est de moderniser les institutions et de raffermir la gouvernance. Une justice crédible est le socle indispensable de cette ambition.
Le ministre de Garde des Sceaux, de la Justice et des Droits Humains Pacôme Adjourouvi, est également interpellé. Il lui revient de conduire, avec fermeté et impartialité, une véritable opération de moralisation et de performance au sein de son département. Réformes structurelles, contrôle interne renforcé, mécanismes disciplinaires effectifs : autant de leviers à activer pour laisser une empreinte durable.
La justice togolaise est à la croisée des chemins. Soit elle se réforme en profondeur et regagne la confiance des citoyens, soit elle s’expose à une défiance accrue aux conséquences imprévisibles. Le temps des discours est passé. Place à l’action.
Le défenseur






