La controverse déclenchée à l’issue de la finale de la CAN 2025 au Maroc, d’abord remportée sur le terrain par le Sénégal avant d’être annulée deux mois plus tard au profit du pays hôte sur décision administrative de la Confédération africaine de football (CAF), dépasse désormais largement le cadre strictement sportif.
Pour le professeur Roger Folikoue, membre du mouvement Rameau de Jessé et spécialiste de philosophie politique, cette affaire révèle une faille plus profonde : l’incapacité des institutions africaines à incarner pleinement l’autorité morale et rationnelle qu’elles revendiquent.
Au cœur de la controverse, la décision de la Confédération africaine de football (CAF), saisie après la victoire sénégalaise, et les réclamations portées par la fédération marocaine. Pour le philosophe, l’irrationalité perçue de la procédure a provoqué un choc continental, transformant un moment de fête en crise de confiance.
« Le ridicule ne tue plus en Afrique », observe-t-il avec gravité, estimant que cette séquence agit comme un révélateur brutal des fragilités institutionnelles. À ses yeux, la tentation de corriger par voie juridique un résultat acquis sur le terrain pose une question essentielle : le droit peut-il tout résoudre, surtout lorsqu’il semble en décalage avec l’esprit du jeu et le sentiment de justice partagé ?
Le droit et le légitime
Roger Folikoue rappelle que le droit n’est jamais une entité abstraite tombée du ciel. Il procède d’une vision du vivre-ensemble et doit servir la justice et la paix sociale. « Le légal n’est pas toujours le légitime », insiste-t-il, appelant à dépasser une lecture strictement littérale des textes lorsque l’équité et le bon sens commandent.
Dans le cas précis de la finale, il souligne que l’arbitre a fait reprendre le match jusqu’à son terme, que le verdict sportif a été rendu et que les officiels de la CAF comme de la FIFA étaient présents lors de la remise du trophée. Dès lors, interroge-t-il, peut-on forcer le droit à dire ce qu’il ne prévoit pas explicitement ?
Figures d’honneur
Le philosophe évoque également les acteurs de la finale. Il cite Sadio Mané, perçu comme un symbole de maîtrise et de responsabilité ayant contribué à préserver l’honneur du Sénégal. Il mentionne aussi Achraf Hakimi, qu’il présente comme une figure capable d’indiquer, au-delà des tensions, la voie du fair-play et de la dignité.
Quant au penalty manqué par Brahim Díaz, il laisse planer une interrogation plus morale que sportive : le geste restera-t-il dans l’histoire comme un simple fait de jeu ou comme un acte révélateur d’un attachement supérieur aux valeurs du sport ?
Une crise plus large
Au-delà du football, Roger Folikoue élargit la réflexion. Comment un continent qui proclame son aspiration à l’autonomie et à la souveraineté peut-il donner l’image d’institutions hésitantes, incapables de trancher au-dessus des intérêts partisans ? Il fait le parallèle avec certaines organisations régionales africaines dont les textes, parfois ambitieux, peinent à produire des effets concrets.
Pour lui, le sport ne peut devenir un « retour sur investissement » ni un instrument de prestige à tout prix. Il doit rester un espace d’exemplarité, où la règle sert d’abord l’équité.
La question demeure : la CAF saura-t-elle restaurer son autorité en reconnaissant ses éventuelles erreurs, ou cette affaire marquera-t-elle un tournant durable dans la perception de sa crédibilité ?
Au fond, conclut le professeur, la CAN 2025 aura peut-être offert à l’Afrique un miroir sans complaisance. Reste à savoir si elle saura en tirer les leçons.






