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« Rendez à César ce qui est à César » : Roger-la-Joie de la Croix Folikoué repense les liens entre pouvoir et foi

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La célèbre parole de l’Évangile selon Matthieu, souvent interprétée comme une séparation entre pouvoir politique et autorité spirituelle, ouvre une réflexion sur la responsabilité des gouvernants, la dignité humaine et le bien commun.

Dans une analyse à la fois philosophique et théologique, Roger-la-Joie de la Croix Folikoué invite à dépasser l’opposition entre César et Dieu pour replacer la politique au cœur de sa vocation première : servir l’être humain et construire un vivre-ensemble fondé sur la justice, l’altérité et la responsabilité.

Lire en toute intégralité la réflexion du professeur Roger Folikoue ↕️

RENDEZ À CÉSAR CE QUI EST À CÉSAR ET À DIEU CE QUI EST À DIEU (Mt 22, 15- 21)

Voici une citation biblique qui a nourri une opposition devenue classique et, qui aussi, a servi à justifier l’ opposition entre l’ordre temporel et l’ordre spirituel, une vieille querelle du pouvoir incarné par deux représentants de l’ Autorité divine.
Qui est le vrai représentant de Dieu ? Qui est le lieu-tenant de Dieu ?

Ce passage biblique me fait penser à trois ouvrages : d’ une part, Dieu et la politique de Charles Colson et de Raymond-Léopold Bruckberger et, d’autre part, la politique et Dieu de Jean-Yves Calvez.

Mais toute distinction est-elle une opposition? Une distinction ne peut-elle pas être une clarification qui établirait un lien (distinguer pour unir de Jacques Maritain) ?

Dans ce sens, ce qui me saute aux yeux dans la phrase  » Rendez- à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu », ce n’est plus l’opposition mais au contraire le lien entre César et Dieu.
Car, s’il faut rendre à Dieu ce qui est à Dieu et à César ce qui lui revient, c’est que César, dans son être, est à Dieu. Il n’est pas et ne peut jamais, en aucun cas, être sa propre raison d’ être.

Dieu, non seulement, est le Créateur de César mais Il est aussi l’Auteur de notre être politique, de notre être-avec les uns et les autres : « Il n’est pas bon que l’être humain soit seul (Gn 2, 18).

La dimension d’ avec mise en exergue dans le livre de la Genèse, révèle l’ altérité comme dimension constitutive de tout être humain.
César n’échappe pas à cela et aucun autre être humain, quelle que soit sa fonction, n’est en dehors de cette réalité et vérité.

L’ Homme, être politique, être-avec, est une donnée première du Créateur quel que soit le nom qu’on lui attribue.

César appartient donc à Dieu, l’Unique Transcendant, qui le charge d’organiser le politique, qui nous constitue, par la politique.

La politique devient ainsi une manière d’organiser le politique; et le politique, le présupposé de la politique, inclut César et toute autre forme d’autorité dans notre monde.

La politique devient une mission confiée aux gouvernants pour un vivre-ensemble harmonieux. Et dans cette organisation, l’être humain devient une valeur essentielle; l’ être humain doit être alors la finalité des actions des gouvernants.

L’organisation du « Vivre-avec les autres et pour les autres dans des institutions justes »(Paul Ricœur) est ce qui revient à César sous le regard critique et bienveillant des gouvernés.

La politique est une manière d’organiser le vivre-ensemble ( le politique) avec des lois qui respectent la dignité humaine et favorisent l’épanouissement de tout être humain.
La politique devient ainsi un service et une diaconie et non un simple rapport de forces.

Et ici la responsabilité de César est engagée.Une responsabilité à trois niveaux : répondre de ses actes, ensuite être le gardien des autres et promouvoir le bien commun (cf. La Lettre pastorale des évêques du Togo, avril 2016).

Loin de mettre en exergue une opposition, il me semble que, le passage biblique invite plus à réfléchir pour saisir l’être de César, sa mission et ses rôles.
On peut penser aux César en fonction mais cette réflexion concerne aussi les futurs César que nous sommes.

Ensuite ce passage biblique nous invite à dépasser l’ opposition entre l’ordre temporel et l’ordre spirituel.
Ici aussi les deux ordres relèvent de Dieu, l’ Unique, et aucun d’ eux ne s’identifie à Dieu.

Rendre à Dieu ce qui est à Dieu, c’est se découvrir des serviteurs et servantes de l’ homme et de la femme connu (e) comme des chemins vers Dieu.

Et si le quotidien devenait le lieu de découverte de notre identité, de nos liens avec les autres, de notre rapport à la Transcendance.

Roger la Joie de la Croix FOLIKOUE

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