L’ordination épiscopale de Mgr Edmond Amékusé, célébrée le 29 août 2026, continue de susciter des lectures au-delà du seul cadre liturgique. Dans une réflexion consacrée à cette étape majeure de la vie de l’Église, le philosophe et universitaire Roger Folikoué s’attarde notamment sur un détail en apparence discret, mais qu’il considère comme porteur de sens : le choix des deux prêtres qui ont accompagné le nouvel évêque à l’autel, les pères Fabrice Vovor et Placide Téfé.
Pour Roger Folikoué, ce choix ne saurait être réduit à une simple préférence personnelle. Il peut être lu comme un langage symbolique, révélateur à la fois de l’ancrage diocésain de Mgr Edmond Amékusé, de son ouverture aux autres Églises particulières et de l’importance accordée à l’éducation, à la Parole de Dieu et à la synodalité. À travers les parcours des deux prêtres, le philosophe voit ainsi se dessiner une invitation à conjuguer identité et ouverture, formation et mission, enracinement local et dimension universelle.
Le père Fabrice Vovor, prêtre du diocèse de Kpalimé et spécialiste des sciences de l’éducation, apparaît comme une figure représentant le presbyterium et l’Église locale. Le père Placide Téfé, prêtre de l’archidiocèse de Lomé, bibliste et engagé dans la démarche synodale, incarne quant à lui le lien avec les autres diocèses et l’importance de la marche commune.
Une lecture qui conduit Roger Folikoué à une conviction : dans l’Église comme dans la société, l’altérité n’affaiblit pas l’identité ; elle peut au contraire contribuer à la faire grandir.
Derrière ce « trio » formé le 29 août à Kpalimé, se dessine donc, selon l’universitaire, un message plus large : avancer ensemble, éclairés par la Parole de Dieu, dans une Église capable de rester enracinée tout en demeurant ouverte à l’autre.
L’intégralité de la réflexion de Roger Folikoue
EDMOND, FABRICE ET PLACIDE: LE TRIO DU 29 AOÛT 2026 À KPALIMÉ
Pour l’ordination sacerdotale le diacre se fait accompagner à l’autel par ses parents ou deux membres de sa famille. Il n’ a pas choisi sa famille d’origine. Celle-ci l’accompagne pour l’offrir à Dieu.
Il vient alors d’une famille, biologique, et il entre dans une autre, sacerdotale.
Le diacre, pour son ordination presbytérale, ne choisit pas non plus l’évêque qui va l’ordonner. C’est son évêque ou celui que ce dernier a désigné pour des raisons d’empêchement.
Mais pour l’ordination épiscopale le schéma est différent.
D’abord le prêtre, nommé évêque, désigne librement son consécrateur principal et puis les deux co-consécrateurs.
Mgr Edmond Amékusé a ainsi choisi le Nonce apostolique Mgr Rubén Dario Ruiz Mainardi (consécrateur principal) et Mgr Benoît Alowonou, évêque-administrateur du diocèse de Kpalimé et Mgr Prosper Kontiebo, Archevêque de Ouagadougou (les co- consécrateurs).
Le prêtre, nommé évêque, s’ avance à l’autel accompagné de deux prêtres de son choix.
Et c’est ce choix qui retient mon attention dans cette réflexion.
Sans avoir interrogé Mgr Edmond Amékusé ni sur le choix des consécrateurs ni sur celui des deux prêtres, je veux risquer une interprétation en partant du principe selon lequel le choix est l’expression d’ un message non verbal et, à ce titre, il n’est jamais anodin.
Sur la photo nous voyons les pères Fabrice Vovor et Placide Téfé.

Le premier, Fabrice Vovor, le plus jeune, est du diocèse de Kpalimé, le deuxième, Placide Téfé, est de l’archidiocèse de Lomé.
Le choix du père Fabrice est, sans aucun doute, lié à son appartenance au diocèse. Il est, à ce titre, le représentant du presbyterium et du diocèse de Kpalimé.
Le choix du père Placide Téfé serait lié à l’ amitié entre Edmond et Placide, deux prêtres ayant été formateurs au Grand Séminaire Saint Jean Paul II de Lomé.
Mais il me semble qu’il est aussi le signe d’ une ouverture du diocèse de Kpalimé sur les autres diocèses du Togo et même sur les autres églises particulières de la Conférence Épiscopale Régionale de l’Afrique de l’ Ouest ( CERAO), du continent et du monde.
L’ ouverture sur les autres n’est-elle pas source de fécondité? (Éloge de l’altérité. La joie, c’ est les autres! de Marion Lucas).
N’ est-ce pas aussi le signe du rapport entre le particulier et l’universel?
L’ ouverture aux autres n’ est pas synonyme de perte d’identité mais au contraire l’identité se construit dans le rapport aux autres dans une ouverture qui actualise ce qui est en puissance en nous.
Dans le choix de ces deux prêtres je vois un autre signe en partant de leur profil.
Le père Fabrice Vovor a fait les Sciences de l’éducation. Il est prêtre mais il est aussi un inspecteur de l’éducation. L’éducation est incontournable pour tout être humain. On peut finir un parcours scolaire mais on ne finit jamais son éducation. On doit demeurer ouvert, on doit être capable de toujours apprendre, de s’ améliorer et surtout de savoir se mettre en projet pour faire advenir tout ce qui est en gestation en nous.
» L’ éducation est l’arme la plus puissante qu’ on puisse utiliser pour changer le monde » disait Nelson Mandela.
Elle est permanente, elle se pense, elle questionne, elle trace des pistes, elle valorise toutes les compétences, elle permet la collaboration dans la valorisation de tous les états de vie et enfin elle favorise le vivre ensemble dans l’harmonie des différences.
Le père Placide Téfé, curé de la paroisse Notre Dame du Sacré-Coeur de Wonyomé et formateur au Grand Séminaire Saint Jean Paul II, est bibliste.
Le père Placide Téfé est aussi le responsable de l’équipe de l’archidiocèse du synode sur la synodalité. Je suis membre de cette équipe.
Son choix met en évidence la Bible comme Parole référentielle et pour Mgr Edmond et pour nous tous mais son choix indique aussi la nécessité du marcher-ensemble.
Savoir écouter la Parole pour devenir soi- même une parole de Dieu pour les hommes et les femmes de notre temps me semble être un des signes de sa présence dans ce choix.
« La parole de Dieu, on ne l’emporte pas au bout du monde dans une mallette: on la porte en soi, on l’emporte en soi » ( Madeleine Delbrel).
Delbrel nous invite ainsi à être des missionnaires sans bateau.
« Africains, soyez vous-mêmes vos propres missionnaires ».
Tel est l’ appel historique lancé par le pape Paul VI le 31 juillet 1969 lors de sa visite à Kampala en Ouganda.
Il y a des défis à relever mais ce sera ensemble (synodalité) avec la Parole de Dieu comme Lumière qui nous éclaire et qui éduque.
Car la Parole est Source de vie et de libération.
Elle est exigeante mais elle est comme un feu qui nous brûle pour faire apparaître le meilleur qui existe en chacun et chacune de nous.
Alors que résonne dans nos cœurs les paroles de ce chant liturgique de Raoul Mutin:
Refrain
Accueille en toi l’ Esprit de feu,
Réveille en toi le don de Dieu,
N’aie pas peur.
1-Rappelle-toi, je te l’ai dit,
Deviens prière,
Rappelle-toi, l’ Esprit de feu
Change la terre.
2-Rappelle-toi, je te l’ai dit,
Tu es lumière,
Rappelle-toi, l’ Esprit te crie
Que Dieu est Père.
3-Rappelle-toi, je te l’ai dit,
Ma paix se donne,
Rappelle-toi, l’ Esprit jaillit,
Dieu te pardonne.
Seul l’amour fait vivre
Roger la Joie de la Croix FOLIKOUE






