L’ordination épiscopale de Mgr Yawo Edmond Amékusé et sa prise de possession canonique à la tête du diocèse de Kpalimé prennent, aux yeux du philosophe et universitaire Roger Folikoué, une dimension qui dépasse le seul cadre ecclésial. Dans une réflexion nourrie par l’histoire, la foi et la responsabilité citoyenne, il invite à lire les différentes dates qui entourent cet événement comme autant de repères susceptibles d’ouvrir une nouvelle étape pour l’Église et la société togolaises.
En observant, le 30 août, une image de Mgr Amékusé, Roger Folikoué revient notamment sur une vidéo publiée quelques jours plus tôt par les pères-artistes Marius Ségla et Marius Dotsé. Pour lui, cette séquence, réalisée le 26 août, semblait annoncer symboliquement la réalité vécue le 29 août, jour de l’ordination épiscopale du nouveau prélat. Une manière de mettre en avant la capacité d’anticipation, qu’il considère comme un véritable défi pour le Togo et, plus largement, pour l’Afrique.
Dans sa réflexion, l’universitaire définit l’anticipation comme un lien entre le présent et le futur. Elle ne se limite pas à prévoir ce qui vient, mais permet, selon lui, de devenir acteur de son histoire par la prospective, l’innovation et la création. C’est dans cette perspective qu’il adresse à Mgr Amékusé un appel à faire émerger, avec les fidèles et l’ensemble des citoyens, une culture de la vision, de la prévoyance et de la proactivité.
Des dates qui interpellent
La réflexion de Roger Folikoué s’attarde également sur la portée symbolique des dates entourant l’ordination de Mgr Amékusé. Il relève notamment le 28 août 2026, date correspondant à la commémoration du 134ᵉ anniversaire de la première messe catholique célébrée au Togo, le 28 août 1892, après l’arrivée des missionnaires de la Société du Verbe Divin.
Cette même date marque également le 35ᵉ anniversaire de la clôture de la Conférence nationale souveraine, achevée le 28 août 1991. Pour l’auteur, la proximité de ces événements historiques avec l’ordination et la prise de possession canonique du nouvel évêque mérite réflexion.
Il ne s’agit pas, précise-t-il, de confondre ces événements ni d’en faire une récupération. Son propos consiste plutôt à les replacer dans le cours de l’Histoire et à y discerner une possible lecture spirituelle. Les différentes dates, écrit-il en substance, peuvent être considérées comme un « lieu théologique », c’est-à-dire un espace de réflexion sur le sens que Dieu peut donner aux événements humains.
Kpalimé, un possible lieu d’envoi
La prise de possession canonique de Mgr Amékusé, le 30 août, à la cathédrale Saint-Esprit de Kpalimé, constitue ainsi pour Roger Folikoué un autre élément de réflexion. Il imagine ce lieu comme un « Cénacle », symbole d’une Église renouvelée et d’un nouvel envoi en mission.
À travers cette image, le philosophe élargit son propos à l’ensemble de la communauté nationale. L’Église, selon sa lecture, ne devrait pas seulement être appelée à renouveler sa vie interne, mais également à contribuer, à travers ses fidèles, à la construction d’une société plus juste, plus fraternelle et plus humaine.
Cette perspective rejoint l’idée d’un « Togo nouveau », aspiration que Roger Folikoué associe au désir de mieux-être partagé par les Togolaises et les Togolais. Dans un pays où la foi occupe une place importante dans la vie sociale, il estime que l’appel spirituel peut aussi nourrir une responsabilité collective au service de la nation.
Foi, responsabilité et bien commun
La réflexion prend enfin une dimension citoyenne. S’appuyant sur la doctrine sociale de l’Église et sur une pensée attribuée à Paul VI selon laquelle la politique peut constituer une manière exigeante de vivre l’engagement chrétien au service des autres, Roger Folikoué estime que les chrétiens peuvent apporter leur contribution à la construction du pays et du continent.
Il ne s’agit pas, selon lui, de confondre la mission religieuse et l’action politique, encore moins de monopoliser l’espace politique. Il s’agit plutôt de faire de la foi une source de responsabilité envers la collectivité, notamment dans la défense du bien commun, de la solidarité et de la dignité humaine.
Au cœur de cette réflexion figure finalement une conviction : « Exister, c’est co-exister ». En invoquant la philosophie Ubuntu, Roger Folikoué rappelle que l’épanouissement individuel demeure intimement lié à celui de la communauté.
À travers son regard sur Mgr Yawo Edmond Amékusé, le philosophe ne livre donc pas seulement une lecture d’un événement religieux. Il pose également une question plus large sur la capacité des Togolais à anticiper, à se projeter et à agir collectivement pour leur avenir.
Le nouvel évêque apparaît ainsi, dans cette lecture, non seulement comme un pasteur appelé à conduire une communauté chrétienne, mais aussi comme une figure invitant à réfléchir au rapport entre foi, histoire, citoyenneté et construction du bien commun.
Découvrons l’intégralité du texte de Roger Folikoue
MGR YAWO EDMOND AMÉKUSÉ : UN CITOYEN ET UN PASTEUR
En regardant cette image le 30 août 2026, j’ai pensé à ce que les pères-artistes Marius Ségla et Marius Dotsé ont su anticiper et dévoiler dans leur vidéo du 26 août pour annoncer la réalité du 29 août, Mgr Amékusé, un pasteur de la joie en référence à sa devise.
Savoir anticiper les choses ne serait-il pas un des défis pour nous au Togo et en Afrique?
Si l’ anticipation est l’acte qui crée un lien entre le présent, dans lequel l’ on est, et le futur, un présent à-venir, c’ est parce qu’elle permet, par la prospective, de se saisir comme un sujet, individuel et collectif, acteur de son histoire dans l’ Histoire. Elle devient ainsi une capacité non seulement de prévision mais aussi et surtout d’innovation et de création.
Mgr Yawo Edmond Amékusé et si nous devenions, avec vous, des visionnaires, des proactifs et des prévoyants pour envoyer un terme de la parabole des dix vierges en Mt 25,1-13.
Avez-vous remarqué, comme moi, la densité historique entre les dates du 26 août et du 30 août 2026?
Dans votre entretien avec le CENCCS, vous avez affirmé que finalement la date de votre ordination épiscopale, 29 août, était une date symbolique en référence à St Jean Baptiste, et que vous vous donnez à Dieu à sa suite.
Alors avez-vous remarqué que le 28 août 2026 est pour notre pays la célébration de deux événements : 134 è anniversaire de la première messe catholique (28 août 1892) sur la terre de nos aïeux après l’arrivée des pères de la Société du Verbe Divin et puis le 35è anniversaire de la fin de la Conférence Nationale Souveraine de notre pays, le Togo (28 août 1991)?
Pour les citoyennes chrétiennes et citoyens chrétiens que nous sommes ces dates disent quelque chose.
Avez-vous remarqué que votre prise de possession canonique a lieu un 30 août dans la ville où il y a eu un appel pour la communauté nationale à laquelle vous appartenez et que vous partagez avec toutes les Togolaises et tous les Togolais en quête d’un véritable mieux-être?
Plusieurs événements s’imbriquent même s’ils relèvent de différents ordres.
Et j’ affirme que je ne les confonds pas et je ne tente pas non plus de faire une récupération. Mais, les plaçant dans l’Histoire dont l’Unique Auteur, sait écrire avec nos lignes courbes, je veux saisir ces différentes dates autour de votre ordination comme un lieu théologique et risquer l’interprétation d’un nouveau départ pour la réalisation et l’épanouissement de la femme togolaise et de l’ homme togolais.
Dans ce contexte et dans cette optique, je me demande : et si la Cathédrale Saint Esprit de Kpalimé devenait, ce 30 août 2026, le Cénacle pour une Église renouvelée au Togo, et, pour tous les fidèles réunis et en communion, le signe d’ un envoi en mission pour la construction d’un Togo nouveau, attendu par toutes les citoyennes et tous les citoyens.
Pour un peuple profondément religieux, pour une nation rassemblant de nombreux croyants, l’appel de Dieu, l’Unique, Mawu Kitikata, Ata, est adressé pour l’édification d’une Nation prospère, appelée dans notre hymne, l’ Or de l’Humanité.
Merci à ce Dieu, Auteur de notre être politique mais aussi le Seul et l’ Unique qui est à la base de tous nos rassemblements religieux et ecclésiaux dans les différentes confessions religieuses.
Si « la politique est une manière exigeante de vivre l’engagement chrétien au service des autres » (Paul VI in La responsabilité politique des chrétiens), la doctrine sociale de l’ Église, sans monopoliser l’espace politique, peut valablement apporter sa pierre à la construction de notre pays, de notre continent pour un monde plus humain et plus solidaire.
Exister, c’ est Co-exister, la vérité de Ubuntu est toujours valable pour notre temps.
Roger la Joie de la Croix FOLIKOUE






