Au-delà du sacre de l’Espagne face à l’Argentine, de l’éclosion de nouvelles nations et des innovations qui ont marqué la Coupe du monde 2026, cette 23ᵉ édition continue d’alimenter de profondes réflexions. Pour le philosophe et universitaire Roger la Joie de la Croix Folikoue, le plus grand rendez-vous du football mondial ne se résume pas à ses exploits sportifs.
Il interroge également les valeurs universelles que le sport est censé incarner, entre justice, égalité, solidarité et dignité humaine. Dans une tribune à la fois critique et philosophique, l’auteur questionne les contradictions qui, selon lui, ont terni l’image d’un événement présenté comme une célébration de l’unité des peuples.
⬇️ Lire l’intégralité de la tribune de Roger la Joie de la Croix Folikoue ci-dessous :
LA COUPE DU MONDE 2026 : DE LA GRANDEUR À LA HONTE ?
Le dimanche 19 juillet 2026, les rideaux sont tombés sur la coupe du monde avec la finale entre la Roja et les Albicelestes.
L’ histoire retiendra la victoire de l’Espagne de Lamine Yamal sur l’Argentine de Lionel Messi par un but à zéro, but marqué à la cent sixième minute par Ferran Torres.
Cette coupe du monde a débuté le jeudi 11 juin 2026 au mythique stade Azteca de Mexico avec le match d’ouverture entre le Mexique et l’ Afrique du Sud. Victoire du Mexique sur l’ Afrique du Sud par deux buts à zéro : le premier à la neuvième minute par Julian Quinõnes et le deuxième à la soixante-septième minute par Raúl Jiménez.
La vingt-troisième édition de la coupe du monde a connu des innovations.
La première est la désignation de trois pays pour le même événement : les États-Unis, le Mexique et le Canada, trois pays du continent américain ont ainsi été retenus pour cette édition. C’est un choix d’élargissement qui permet d’associer trois pays avec la mise en vedette de différentes villes et leurs stades. Une belle initiative.
La deuxième innovation est l’augmentation du nombre d’équipes pour la phase finale. Quarante-huit (48) équipes nationales ont été retenues avec un total de 104 matchs.
Qui peut ne pas être émerveillé par la beauté et la grandeur des stades?
Qui pourra oublier facilement la Vague Bleue de Curaçao, cette île des Caraïbes qui a participé pour la première fois à la coupe du monde?
Qui n’ a pas admiré la ténacité des Requins Bleus du Cap Vert, qui ont fait la fierté du continent africain?
Pour leur première participation, ils ont fait sensation.
Curaçao et Cap Vert sont tous les deux des États insulaires. Y-aurait – il là un secret à dénicher ?
La coupe du monde 2026 peut être considérée, à juste titre, comme un grand événement mais on serait tenté de dire que c’est une grandeur qui dévoile ce qu’il y a de moins humain et qu’ on peut qualifier de honte avec cette édition.
La grandeur n’a pas, pour autant, révélé la gloire d’une humanité partagée, digne du XXIè siècle.
Il existe, en effet, des éléments inquiétants, et dérangeants qui ont suscité, dès le départ, des questionnements.
Certains êtres humains auraient-ils plus de valeur que d’autres dans ces pays, notamment les États-Unis, qui proclament, sur tous les toits, les droits de l’Homme?
On entend dire souvent que le football rassemble et que le sport, en général, défend des valeurs surtout de solidarité, mais cette coupe du monde a-t- elle montré cela?
Le refoulement de l’arbitre somalien Omar Abdulkadir Artan sur le territoire américain, la politique de limitation de visas sous prétexte d’une politique d’immigration envers les supporters africains notamment et la scandaleuse situation de l’équipe iranienne qui doit jouer sur le territoire des États – Unis puis retourner dans un autre pays sont-ils des signes de rassemblement, d’humanité reconnue à à toutes les personnes en provenance de continents différents?
La mondialisation sélective où certains, en provenance de leur pays, auraient et se donneraient tous les droits en les récusant à d’ autres, est-elle digne de notre siècle?
On nous a dit que la politique politicienne n’a pas sa place dans le sport et pourtant l’affaire du coup de fil de Donald Trump à Giovanni Infantino, dans un contexte de remise en question du carton rouge au joueur américain Folarin Balogun , est-elle la garantie d’un sport sans influence des puissants?
Il ne s’agit pas d’être contre des échanges entre les autorités sportives et autorités politiques mais on a eu l’impression que, les premières étant sous l’influence des secondes, la démarcation entre les deux était devenue presque invisible à cet événement.
Le sport, en tant qu’activité humaine, est un lieu de manifestation par excellence de notre être politique et le football est un sport collectif qui extériorise la dimension politique (vivre et agir ensemble) de notre être. A ce titre, le sport est un lieu du dé-voilement de notre être- avec d’autres.
Et pour être-avec d’autres, la justice est un pilier indispensable. Elle est une acte de reconnaissance de l’autre dans une dignité partagée.
La FIFA peut-elle se passer des principes éthiques et des valeurs de l’ égale reconnaissance à l’être humain ?
Peut-on tout accepter au nom des retombées économiques sans tomber dans la philosophie de la fin justifie les moyens de Nicolas Machiavel ?
Quand les actes ne concordent pas avec les principes au plus haut niveau on peut s’interroger sur le véritable rôle des institutions qui doivent être un cadre de la juste application des normes.
N’ aurait-il pas fallu imaginer, pour cette coupe du monde, une remise du trophée par les présidents des trois pays retenus dans un esprit de solidarité et de fraternité ?
Cette coupe du monde a-t-elle contribué, par exemple, à apaiser les tensions entre le Mexique et les États-Unis, entre les États-Unis et l’ Iran?
Si le football doit unir les peuples, comme l’ont chanté les artistes togolais Toofan, la puissance technique, la puissance économique ne suffisent pas pour faire rêver mais elles doivent être accompagnées de savoir-être et de savoir-faire qui mettent l’humain au centre des décisions. L’ argent doit être un moyen et non une fin.
Le respect, la reconnaissance de la dignité de l’ autre, la solidarité, l’ attention à l’ autre doivent être des balises pour nos différentes actions.
Un autre monde est possible et cela dépend de nous. Pour ce faire nous devons réduire l’ écart entre nos paroles et nos actes.
Roger la Joie de la Croix FOLIKOUE





