Au-delà du temps de Carême, l’aumône, le jeûne et la prière constituent, selon le philosophe et universitaire togolais Roger Folikoué, les trois fondements essentiels d’une existence humaine équilibrée et porteuse de sens.
Dans une réflexion à la fois spirituelle et philosophique, l’auteur invite à redécouvrir ces pratiques non comme de simples exercices religieux saisonniers, mais comme des repères permanents de croissance personnelle, de solidarité et d’élévation intérieure. À travers une lecture approfondie des enseignements du Christ, il met en lumière l’attention à l’autre, la maîtrise de soi et la relation à Dieu comme les piliers indispensables d’une vie authentiquement humaine et responsable.
Découvrons la réflexion 👇
Trois piliers pour toute vie humaine: L’ Aumône, le Jeûne et la Prière
Le passage de Mt 6, 1-6. 16-18, relatant les recommandations du Christ sur l’ aumône, le jeûne et la prière, est souvent écouté durant la période de carême. Mais en réalité, le carême est un temps liturgique qui nous rappelle ce que nous devons être et ce que nous devons faire au quotidien. En ce sens la liturgie du temps fort, le carême, comme les autres, nous rappelle la liturgie du quotidien comme lieu de la rencontre de Dieu avec nous les hommes et les femmes.
C’est donc dans cette rencontre de Dieu avec nous les êtres humains, dans le quotidien, lieu du déroulement de notre existence, que le Christ nous rappelle trois piliers fondamentaux : l’Aumône, le Jeûne et la Prière.
1- L’Aumône est le rappel essentiel de l’attention aux autres. Une attention qui se fait sollicitude constante aux autres et nous permet d’ éviter l’indifférence, grand danger pour tous les temps.
Ce pilier nous rappelle la vie comme une co-existence. L’aumône n’est pas alors une faveur accordée à l’autre, c’ est un acte de solidarité car nous appartenons à la même communauté humaine. C’est la reconnaissance de l’unique humanité à laquelle nous appartenons tous.
L’attention à l’autre n’est-il pas le carburant pour faire fonctionner la voiture existentielle de chaque personne ?
2- Le Jeûne est le rappel de la Loi fondamentale que nous redit Saint Paul : « Tout m’est permis, mais tout ne m’est pas utile » ( 1Co 6, 12).
Vivre, c’ est savoir se priver de certaines choses, car la vraie liberté n’ est pas de faire tout ce que l’on veut mais c’ est être capable de se priver de certaines choses pour un autre bien plus grand.
La vraie liberté, avec laquelle chaque être se constitue comme être humain, est celle qui se réfère à la Loi.
N’est-ce pas pour rendre ses fils et filles libres que Dieu leur a donné la Loi?
« Je mettrai ma Loi au fond de leur cœur » (Jérémie 31, 33, Ezéchiel 11, 19).
La loi n’ est-elle pas, de façon paradoxale, une instance de Liberté?
Dans un monde où nous réclamons tant la liberté, nous sommes appelés à découvrir la Loi comme instance de croissance et de liberté, car il n’ y a pas de liberté sans Loi.
Et quand cette Loi est celle de l’amour, avec ses exigences, on comprend que l’unique commandement laissé par le Christ soit celui de l ‘Amour.
Et l’ amour implique une éthique et une éthique de responsabilité.
« Aime et fais ce que tu veux » de Saint Augustin est une éthique de bienveillance pour que nos actes soient bons et justes.
Le Jeûne est une forme de privation qui ne concerne pas alors que le boire et le manger mais c’est la capacité de comprendre que toute croissance individuelle passe par des privations choisies et non subies qui chercheraient une forme de légitimité par le pharisaïsme.
3- La Prière, troisième piler, nous rappelle notre relation à Dieu, La Source.
« Sans moi, vous ne pouvez rien faire » ( Jn 15, 5) mais nous pouvons nous demander est-ce vrai cela, car nous faisons apparemment beaucoup de choses sans Dieu.
Tout est dans l’adverbe apparemment. Car, la capacité même de poser tout acte dépend de Dieu qui maintient en nous le souffle de vie. Aucun être humain n’ a le pouvoir sur ce souffle. Le psalmiste nous rappelle, d’ailleurs, que la vie de l’ être humain est comparable à une fleur et cette comparaison met en exergue trois choses: la beauté, la fragilité et l’éphémèrité ( Ps 103, 15- 17).
Le maintien de chaque souffle de vie se fait dans la discrétion sans tambours divins tout comme le soleil se lève chaque matin sans tambours ni tremblements de terre.
Le troisième pilier nous invite à une plus grande intériorité et montre que la prière est un « cœur-à-cœur » (Saint Jean Marie Vianney) indispensable. Sa force ne réside pas dans l’ostentatoire.
La prière est relation à Dieu et non une liste de choses à faire ou un ensemble de formules magiques à prononcer.
Ce qui est essentiel, c’est la construction de notre intériorité.
La prière devient ainsi le moment de la rencontre avec Dieu qui est plus intérieur à nous que nous-mêmes ( cf Saint Augustin).
Loin d’ être réservés au temps de carême, ces trois piliers nous invitent à une prise de conscience du quotidien comme lieu de notre croissance. C’est aussi le lieu de notre émerveillement.
« O Seigneur, notre Dieu qu’ il est grand Ton Nom partout l’ univers » (Ps 8 ).
Le quotidien, un temps de grâce.
Roger la Joie de la Croix F’OLIKOUE
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