Dans une analyse juridique dense et ambitieuse, Christian Eninam Trimua propose une nouvelle lecture du régime politique instauré par la Constitution togolaise du 6 mai 2024. L’universitaire estime que le Togo n’est plus véritablement dans un parlementarisme classique, mais dans ce qu’il appelle un « césarisme dans le régime parlementaire » : un système où les institutions parlementaires existent officiellement, mais où l’essentiel du pouvoir reste concentré entre les mains d’un seul homme, le Président du Conseil.
Pour l’auteur, la nouvelle Constitution emprunte les apparences du parlementarisme sans en garder l’équilibre démocratique traditionnel. Le Parlement, le Sénat et même le Président de la République conservent leurs formes institutionnelles, mais leur influence réelle serait désormais fortement limitée par la domination du Président du Conseil, devenu à la fois chef du gouvernement, patron de la majorité politique et chef suprême des armées.
L’idée centrale défendue par Trimua est simple : le régime togolais fonctionnerait désormais autour d’un exécutif ultra-renforcé, capable de contrôler pratiquement toute la mécanique politique nationale. Selon lui, la responsabilité politique prévue par la Constitution est devenue presque impossible à exercer contre le chef du gouvernement, notamment à cause des mécanismes de dissolution et de discipline partisane.
L’auteur puise dans plusieurs grandes théories du droit constitutionnel et de la science politique pour soutenir sa démonstration. Il cite notamment le « césarisme » hérité de Jules César et des Bonaparte, la « monarchie républicaine » analysée par Maurice Duverger, ainsi que les concepts de légitimité charismatique développés par Max Weber. Selon cette approche, le pouvoir ne repose plus seulement sur les institutions, mais aussi sur la concentration personnelle de l’autorité autour du dirigeant.
L’analyse de Trimua intervient dans un débat doctrinal déjà animé entre plusieurs constitutionnalistes togolais. Adama Mawulé Kpodar voit dans la réforme un « parlementarisme dualiste inversé », tandis que Dodzi Komla Kokoroko et Kossivi Hounaké défendent plutôt une lecture moniste du nouveau régime. Mais Trimua estime que ces deux écoles restent enfermées dans une même erreur : considérer automatiquement le système togolais comme un régime parlementaire classique.
Sa thèse va plus loin. Pour lui, la Constitution de 2024 crée en réalité un modèle politique nouveau, ni totalement présidentiel, ni véritablement parlementaire. Un système hybride dans lequel les mécanismes démocratiques servent davantage à légitimer le pouvoir qu’à le limiter.
Le texte insiste également sur la forte centralisation du commandement politique et militaire autour du Président du Conseil. En reprenant la célèbre formule de Gérard Conac — « Deux coqs ne peuvent coexister dans la même basse-cour » —, Trimua explique que la réforme togolaise cherche clairement à éviter toute rivalité au sommet de l’État en unifiant l’autorité exécutive.
Derrière les débats techniques entre juristes, l’enjeu reste profondément politique : la nouvelle Constitution renforce-t-elle la stabilité de l’État ou affaiblit-elle les contre-pouvoirs démocratiques ? Pour Trimua, tout dépendra désormais du rôle du juge constitutionnel et de la capacité des institutions à empêcher une personnalisation excessive du pouvoir.
En français simple, son message peut se résumer ainsi : le Parlement existe toujours au Togo, mais le véritable centre du pouvoir serait désormais concentré autour d’un Président du Conseil devenu l’axe principal de tout le système politique national.
Le défenseur





