Avec un tel titre je vois une levée de boucliers et je comprends. Et pourtant, c’est bien une des richesses des textes de ce cinquième dimanche de Pâques.
C’est cet aspect qui a retenu mon attention, car habituellement nous n’aimons pas les crises et surtout, dans les communautés chrétiennes, on a tendance à y voir un signe du diable.
Je me souviens quand il y avait eu, dans les années 1991, une crise au grand séminaire de Lomé. Face à des grands séminaristes qui avaient arrêté les cours, s’est dressé un recteur qui y voyait un signe manifeste du diable. Au lieu d’analyser les éléments de la crise, il avait procédé à une séance d’exorcisme avec de l’eau bénite.
Etait-ce nécessaire?
Le mot crise est un terme chargé dans nos pays et dans nos sociétés et pourtant il ne peut pas y avoir de communautés vivantes sans crise.
Nous voulons rejeter ce qui est une chance pour innover, réajuster, corriger, remettre de l’ordre.
Si une crise peut surgir de la présence d’un élément nouveau, elle ne conduit à une innovation que quand elle est acceptée.
C’est ce que nous observons dans la première lecture tirée des Actes des Apôtres 6,1 à 7.
L’augmentation du nombre des disciples conduit à des récriminations car des veuves grecques avaient perdu des avantages par rapport aux personnes de langue hébraïque. L’irruption d’un élément nouveau perturbe, mais accueilli, il devient cause d’une innovation et dans le cas d’espèce, l’institution des diacres.
Une crise peut se manifester par des troubles de divers ordres. » Que votre coeur ne se trouble pas » du Christ ne peut pas être pris comme une absence de trouble mais cela peut constituer une invitation à traverser les troubles avec la conviction d’une présence capable d’indiquer un chemin de vie. On peut penser ici à la phrase de Marthe à Marie » le Maître est là et Il t’appelle » ( Jn 11, 28) ou encore à l’événement de la barque secouée par des vents violents et Jésus, dans la barque, a ramené le calme ( Mt 8, 23- 27).
Une crise est aussi l’attestation d’un dysfonctionnement à corriger et aucun groupe humain organisé ne peut éviter des dysfonctionnements.Les accueillir, c’est mieux assurer l’organisation du corps social, politique, économique, ecclésial etc.
La crise ne signifie pas immédiatement la guerre, elle est un élément qui permet de quitter une phase pour une autre.
Ainsi dans la vie de tout être humain, la croissance s’opère par des crises, des signes annonciateurs (crise d’adolescence, crise de la quarantaine, de la cinquantaine, de la soixantaine etc.) (cf. Crise du milieu de vie de Anselm Grün ou de Françoise Millet-Bartoli).
Si le corps, social, politique ou ecclésial, est un composé d’individus à organiser, la crise apparaît soit comme un tournant pour une nouveauté soit comme un moment de vidange indispensable pour la vie du moteur.
La crise apparaît dès lors comme une opportunité de transformation, offrant une chance de réinventer le lien social ou le lien ecclésial.
Et si la crise était la condition normale de notre humanité, de notre vie en société mais aussi de la vie de tout croyant (cf La crise, une chance pour la foi de Jean-Louis Souletie)?
Alors, et si enfin nous changeons nos regards sur les crises dans notre société , dans notre église, ne serions- nous pas aussi bien attentifs aux dysfonctionnements à corriger qu’aux nouveautés en gestation qui n’attendent que notre volonté pour se frayer un chemin en attendant d’autres dans la dynamique constitutive de toutes les communautés ?
La crise est alors une chance et une grâce.
Un clin d’oeil à Jean- Claude Gianadda
Refrain :
Vivre est une belle aventure. Rien n’est facile c’est certain. Nous nous battrons à la mesure de notre amour et de nos liens.
1.- “ Ceux qui vivent sont ceux qui luttent ”.
Tous les “ partants ”, tous les “ gagnants ”.
Qui se relèvent après la chute, Pour que demain soit différent.
2.- “Quand tout me nuit, quant tout m’afflige…Dans ce monde devenu fou…Seul le courage me dirige. Pour toi je veux rester debout !
3.- Prendre des coups jamais les rendre. Plier comme “ un roseau pensant …” Ou basculer mais se reprendre. “ Struggle for life… ” à tout instant.
4 – Lutter pour naître et pour renaître.Devenir soi et croire en Toi. Lutter pour être et non paraître, Petit et grand tout à la fois.
Roger la Joie de Croix FOLIKOUE, RJC





