Dans une lecture dense et lucide, Roger la Joie de la Croix Folikoue, philosophe et également un citoyen engagé au Togo, décrypte la tournée du pape Léon XIV en Afrique comme un révélateur des fractures spirituelles, politiques et sociales du continent.
Ainsi à l’ occasion du premier anniversaire de la disparition du pape François, célébré le 21 avril 2026, son successeur, le pape Léon XIV, poursuit une tournée marquée par des étapes symboliques en Algérie, au Cameroun et en Angola, et en Guinée équatoriale.
Une visite dense, chargée d’émotion, mais surtout riche de sens, que décrypte avec acuité Roger Folikoue dans une réflexion à la fois spirituelle et politique.
Pour le philosophe, trois villes résument à elles seules les enjeux majeurs de ce voyage : Annaba, Bamenda et Saurimo. Trois espaces, trois réalités, trois symboles d’une Afrique en quête d’équilibre.
À Annaba, ancienne Hippone de saint Augustin, se joue la question du pluralisme religieux. Carrefour de civilisations et de croyances, la ville incarne cette exigence de coexistence pacifique entre religions. Roger Folikoue y pose une interrogation fondamentale : Dieu peut-il être à l’origine des guerres alors que toutes les traditions le reconnaissent comme source de paix ? Sa réponse est sans équivoque : ce ne sont pas les religions en elles-mêmes, mais les interprétations humaines, souvent dévoyées, qui alimentent les conflits. D’où un appel à une conversion intérieure, fondée sur le respect des consciences et une spiritualité affranchie de toute instrumentalisation.
À Bamenda, ville meurtrie par des tensions sociopolitiques, l’analyse devient plus incisive. L’auteur y dénonce une dérive : lorsque la politique, censée organiser la cité, finit par détruire le « politique », c’est-à-dire le vivre-ensemble. Dans ce contexte, frustrations et violences deviennent inévitables. Folikoue rappelle une exigence essentielle : la politique doit être au service du bien commun, et non un instrument de division. Il invite ainsi à réhabiliter le « politique » comme fondement du vivre-ensemble, y compris dans les institutions religieuses.
Enfin, Saurimo, en Angola, illustre le paradoxe africain : une richesse naturelle abondante, notamment diamantifère, coexistant avec une pauvreté criante. Pour l’auteur, cette réalité traduit une injustice structurelle où les ressources profitent à une minorité, laissant la majorité dans la précarité. Il critique une logique individuelle de survie — quitter la masse des exploités pour rejoindre une élite privilégiée — au détriment d’un combat collectif pour une transformation profonde et équitable.
Au-delà de ces trois symboles, Roger Folikoue esquisse une voie : celle d’un vivre-ensemble fondé sur la justice sociale, la responsabilité individuelle et collective, et la vérité. Il s’inscrit dans la continuité des appels des évêques togolais, rappelant que nul ne peut prétendre détenir Dieu, et que le respect du pluralisme religieux demeure une condition essentielle de la paix.
À travers cette lecture, la tournée du pape Léon XIV dépasse le cadre pastoral pour devenir une véritable interpellation adressée à l’Afrique : repenser ses fondements spirituels, politiques et économiques pour bâtir une société plus juste, plus fraternelle et profondément humaine.






