On ne le dira jamais assez : les Togolais, dans toutes leurs composantes, prennent de plus en plus conscience d’un destin commun, celui de victimes embarquées dans une même barque mal gouvernée, aux mains d’une minorité aux intérêts multiples. Cette lucidité nouvelle fissure progressivement les clivages régionalistes et affaiblit le recours à l’ethnie comme prisme d’explication des injustices.
Au cœur de cette réalité préoccupante, les fraudes et litiges fonciers s’imposent comme de véritables bombes à retardement, menaçant la paix sociale au Togo. Spoliations, expulsions musclées, ventes litigieuses : autant de pratiques qui alimentent tensions et frustrations au sein des populations.
Face à la multiplication des spéculations et à la confusion ambiante, l’exigence de vérité devient pressante. Les voix les plus autorisées commencent à se faire entendre pour éclairer l’opinion sur les origines et les enjeux de ce feuilleton foncier qui ne cesse de faire couler encre et salive.

Parmi elles, celle de Togbui Sowoudé Adéla Sodjédo, prêtre traditionnel et mandataire de la collectivité Adéla Sodjédo Zégbla de Bè, résonne avec gravité. Selon lui, l’histoire foncière de Lomé plonge ses racines dans la fondation de Ditri par ses ancêtres, affirmant que « la ville de Lomé appartient à Adéla du Djitri », tout en dénonçant des occupations qu’il juge illégitimes depuis près de six décennies.
Dans un ton mêlant fermeté et appel à la justice, il évoque des expulsions répétées, des habitations saccagées et revendues, malgré des procédures judiciaires en cours. « Même lorsque nous allons en justice, certains préfèrent agir par la force », déplore-t-il, pointant une dérive préoccupante.
Le 31 mars s’annonce dès lors comme une date cruciale. Un nouveau rendez-vous judiciaire est attendu, et Togbui Sodjédo appelle solennellement le peuple togolais à en prendre la mesure. « Nous voulons que chacun sache que nous sommes les autochtones et que nous disposons de tous les documents, y compris des preuves remontant à 1966 attestant de notre victoire devant la justice », affirme-t-il.
Au-delà du contentieux, c’est aussi un cri du cœur qu’il lance : celui de voir les familles expulsées réintégrer leurs domiciles et de restaurer une justice équitable. « Ce qui est pour toi doit être pour toi », martèle-t-il, tout en exprimant l’ambition de réaménager la communauté de Bè avec des infrastructures dignes : marchés, établissements d’enseignement supérieur et centres hospitaliers.
Dans un contexte où la question foncière cristallise les tensions, ce dossier apparaît plus que jamais comme un test pour l’État de droit. Entre mémoire, légitimité et justice, le Togo se trouve à un tournant décisif où chaque décision pourrait peser lourd sur la cohésion nationale.
La rédaction






