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Togo : 289 634 déportés — une mémoire effacée révélée

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Une étude universitaire de référence remet en lumière une page largement ignorée de l’histoire togolaise. Selon les travaux de Nathan Nunn, publiés dans le Quarterly Journal of Economics, près de 289 634 personnes ont été déportées depuis le territoire de l’actuel Togo entre le XVe et le XIXe siècle, dans le cadre de la traite négrière transatlantique.

Ce chiffre, issu d’une analyse approfondie des archives de marchands d’esclaves, équivaut aujourd’hui à la population entière d’une grande ville comme Kara. Il ne prend toutefois pas en compte les nombreuses victimes mortes durant la traversée, estimées entre 10 et 20 %.

Une déportation exclusivement transatlantique

L’étude précise que l’ensemble de ces captifs ont été envoyés vers les Amériques — notamment au Brésil, en Haïti, en Jamaïque et aux États-Unis — sans passer par les routes sahariennes ou de l’océan Indien. Ce détail souligne l’ancrage direct du territoire togolais dans le système atlantique de l’esclavage.

La “Côte des Esclaves”, une réalité historique

Avant la formation de l’État togolais, cette région du golfe de Guinée était intégrée à la tristement célèbre “Côte des Esclaves”, zone stratégique du commerce négrier européen. Les côtes actuelles ont ainsi servi de points d’embarquement forcé pour des milliers d’hommes et de femmes.

Un système de capture complexe et localisé

Contrairement à une idée répandue, les captures n’étaient pas directement opérées par les Européens. Elles reposaient en grande partie sur des réseaux locaux : des conflits, razzias et échanges commerciaux impliquant certaines autorités africaines alimentaient le système. Cette réalité, encore sensible, contribue au silence persistant autour de cette histoire.

Un angle mort de l’enseignement

Malgré son ampleur, cette mémoire reste peu présente dans les programmes scolaires togolais. Manque de données localisées, prudence politique et héritage de programmes anciens expliquent en partie cette absence, laissant plusieurs générations sans repères précis sur leur propre passé.

Diaspora et mémoire en reconstruction

Aujourd’hui, les descendants de ces déportés, notamment en Amérique, redécouvrent leurs origines grâce aux tests ADN et aux recherches historiques. Certains identifient des racines dans la région du golfe de Guinée, ravivant les liens entre l’Afrique de l’Ouest et sa diaspora.

Un enjeu mémoriel et politique

Alors que des pays comme le Bénin ont engagé des démarches de reconnaissance et de valorisation de cette histoire, le Togo reste en retrait. Entre devoir de mémoire, enjeux économiques liés au tourisme historique et débats sur les réparations, la question demeure largement ouverte dans l’espace public.

Source : ACTU Lomé, d’après Nathan Nunn, Quarterly Journal of Economics, 2008.

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