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Kadanga : « Si je l’avais tué, je l’aurais assumé »

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C’était le moment que tout le monde attendait : la comparution du général de division Félix Abalo Kadanga. Il a été appelé à la barre le 19 février 2026 dans ce procès en appel sur l’assassinat du colonel Madjoulba.

En première instance, en 2023, l’ex-patron des armées togolaises, père de sept enfants, a été reconnu coupable d’assassinat et de complot contre la sécurité intérieure de l’État. Il avait écopé d’une peine de 20 ans de prison.

« Que savez-vous sur la mort du colonel Madjoulba ? », lui lance le juge Wotor.
« Monsieur le président, je n’en sais rien », répond-il, avant d’ajouter : « Je suis un homme d’honneur. Si j’avais tué le colonel Madjoulba, je l’aurais pleinement assumé et me serais mis à la disposition de la justice. »

Le général a ensuite raconté les faits tels qu’il dit les avoir vécus, depuis le moment où il a appris l’assassinat de celui qu’il appelle « mon fils ». Il affirme également avoir tenu à informer personnellement Faure Gnassingbé.

Sur la question des tracts, Kadanga reconnaît avoir demandé au colonel Ali Kodjo de rédiger des tracts à charge contre les colonels Massina et Sogoyou, respectivement ancien directeur général de la gendarmerie et ancien chef d’état-major de l’armée de terre.

Séance tenante, le juge a demandé au procureur militaire de donner lecture du tract. Le document s’est révélé particulièrement virulent : sur deux pages et demie, Kadanga Abalo y accuse formellement ses frères d’armes d’avoir tué le colonel Madjoulba. Après leur rédaction, les tracts ont été déposés, sur ordre de Kadanga à des endroits stratégiques, notamment à l’entrée de l’ERBRA et du 1er BIR.

Le général a toutefois rapidement reconnu avoir mal agi :
« Je ne sais pas pourquoi je n’ai pas pu me maîtriser. Je regrette profondément la rédaction et la diffusion de ces tracts qui ont terni mon image. C’est quelque chose qui m’a rabaissé. Je présente toutes mes excuses et je suis prêt à en assumer toutes les conséquences », a-t-il déclaré.

« Donc vous n’avez pas de preuve attestant que les colonels Massina et Sogoyou ont assassiné le colonel Madjoulba ? », insiste le juge.
« Pas de preuve », répond le général.

Pourquoi alors ces tracts ? Il ressort des débats qu’entre le général Kadanga et les deux officiers, les relations étaient particulièrement tendues. Kadanga accuse notamment le colonel Sogoyou d’avoir eu des intentions de proximité avec feu Kodjo Agbeyomé, laissant entendre l’existence d’antécédents entre eux.

Appelé à la barre juste après, le colonel Sogoyou a, pour sa part, affirmé n’avoir jamais eu de problème d’insubordination vis-à-vis de son supérieur, le général Kadanga, et s’être toujours soumis à ses ordres et aux sanctions reçues.

Le général Kadanga reconnaît également avoir transféré un message annonçant que la prochaine personne sur la liste à mourir après le colonel Madjoulba serait le colonel Baoula.

Il admet aussi avoir autorisé des pratiques mystiques, sur proposition d’un groupe de sous-officiers qui souhaitaient tenter d’identifier l’auteur de l’assassinat.

Le 20 février, le général Kadanga est de nouveau revenu à la barre.

Au second jour de son audition à la barre, le juge est revenu sur les accusations proférées par le général Kadanga contre les colonels Sogoyou et Massina.
« Les deux voulaient ma place », a-t-il lancé.

Interrogé sur les raisons qui l’ont poussé à diligenter une enquête parallèle, le général Kadanga a affirmé avoir douté de la sincérité de la gendarmerie dans la conduite de l’enquête. Selon ses explications, lorsqu’il a annoncé le décès au colonel Massina, ce dernier, au lieu d’envoyer le SCRIC, aurait dépêché une simple unité.

Kadanga dit avoir trouvé cela suspect et affirme avoir demandé à Faure Gnassingbé l’autorisation de mettre en place une commission pour collaborer avec la gendarmerie.

Pour rappel, le colonel Massina, appelé à la barre juste après, a admis que l’équipe de la gendarmerie envoyée sur le terrain avait fait un mauvais travail, ce qui l’a conduit à sanctionner le premier responsable de l’équipe et à le relever de ses fonctions. Il a toutefois précisé qu’à l’arrivée de ses éléments sur les lieux, le bureau du colonel Madjoulba était déjà investi par des officiers de l’armée.

Cependant, à la suite des questions de Me Dourma, avocat de la famille du colonel Madjoulba, la cour a relevé que le colonel Massina avait été informé vers 5 h 30, mais que son équipe ne s’est rendue sur les lieux qu’à 7 h 30, soit deux heures plus tard.

Le bâtonnier Sambiani, l’un des avocats du général Kadanga, a alors interrogé la cour sur la présence du colonel Massina sur le banc des témoins, alors qu’il dirigeait les enquêtes et avait envoyé une équipe jugée incompétente sur le terrain.

Sur les accusations selon lesquelles il aurait orchestré un complot de coup d’État, le général Kadanga a estimé que la structure de l’armée togolaise ne s’y prête pas.
« Celui qui veut le faire doit descendre du ciel », a-t-il lancé.

Me Dourma lui a également demandé pourquoi il avait autorisé des pratiques mystiques pour tenter d’identifier l’auteur du meurtre de Madjoulba, sachant que cela ne relevait pas de ses prérogatives mais plutôt de la famille du défunt. Le général Kadanga a reconnu les faits et a présenté ses sincères excuses. Il s’est aussi dit prêt à se soumettre aux rituels que la famille pourrait exiger pour prouver qu’il n’est pas impliqué dans la mort de Madjoulba.

Dans la salle, la famille ne semblait pas favorable à cette proposition du général.

La cour s’est également intéressée aux bases légales de l’existence de l’USM, l’unité de renseignement de l’armée dont les membres sont présents dans plusieurs corps. Selon Kadanga, l’USM a été créée en 2012 par le général Titikpina. Interrogé sur l’existence d’un document encadrant son fonctionnement, le général a répondu par l’affirmative, tout en précisant que personne ne sait où il se trouve, celui-ci pouvant être classé secret-défense. À noter que si ce document était retrouvé, il pourrait préciser le mode de fonctionnement de l’USM et éventuellement contribuer à la défense du général, accusé d’être intervenu dans l’enquête sans mandat du parquet.

Enfin, la cour est revenue sur des gratifications financières versées par Kadanga à certains militaires quelques semaines avant l’assassinat du colonel Madjoulba, certains bénéficiaires étant cités dans l’affaire.

Le général a confirmé avoir remis 1 200 000 francs CFA à partager entre plusieurs sous-officiers, mais a assuré qu’il s’agissait d’une pratique habituelle après des opérations réussies. « On ne peut pas acheter un soldat togolais à 200 000 francs. Peut-être qu’il prendra l’argent, mais il ne fera jamais le forfait », a-t-il déclaré.

Me Anani, avocat du sous-officier Songuine — chauffeur du colonel Madjoulba — a cherché à comprendre pourquoi, selon les témoignages, personne n’a entendu de détonation.

Le général Kadanga a suggéré que le tir aurait pu être effectué avec un matériel dont la nature reste inconnue. Il a par ailleurs soutenu que la balle qui a tué le colonel Madjoulba ne correspondrait pas aux munitions habituellement utilisées par l’armée togolaise.

Il a également indiqué avoir entendu l’un des témoins évoquer un bruit étouffé, « comme une mangue tombant sur un toit ».

Me Anani a aussi fait constater à la cour que le colonel Madjoulba disposait de 40 munitions et que, depuis un certain temps, il lui en manquait deux , ce qui signifie qu’il circulait avec 38 balles.

Or, puisqu’il est avancé que le colonel aurait été tué avec sa propre arme, le calcul voudrait qu’il lui reste désormais 37 munitions. Pourtant, selon les éléments évoqués à l’audience, il en resterait toujours 38.

Eh bien, je me pose les mêmes questions que vous.

Source: ECHO DU TOGO

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