Six mois pour se conformer aux normes sanitaires dans des quartiers régulièrement submergés : la décision municipale soulève autant d’espoirs que d’interrogations. Le 3 février 2026, la municipalité de Agoè-Nyivé 4 a franchi un cap décisif en matière de salubrité publique. Par voie de communiqué, le maire Dr Fofana Abdul-Fahd a exigé que toutes les habitations ainsi que les locaux à usage professionnel soient équipés de latrines propres, fonctionnelles et conformes aux normes en vigueur.
La mesure, adossée aux dispositions du code de l’eau, du code de la santé publique, de la loi-cadre sur l’environnement et à l’arrêté interministériel de 2019 sur la gestion des eaux usées, vise à éradiquer la défécation à l’air libre et le déversement anarchique des eaux usées. Un délai de six mois est accordé aux administrés pour se mettre en règle. Passé ce cap, les contrevenants s’exposent à des sanctions pouvant aller de l’amende à la fermeture temporaire d’établissement, voire à des poursuites judiciaires.
Sur le plan institutionnel, l’initiative traduit une volonté affirmée de moderniser le cadre de vie et d’inscrire la commune dans une dynamique de responsabilité environnementale. L’ambition est claire : faire d’Agoè-Nyivé 4 un espace urbain respectueux des standards sanitaires.
Cependant, la réalité topographique et climatique complexifie l’équation. Dans des quartiers tels que Zongo, Togblékopé, Fidokpui, Dikamé ou Bernardkopé, les premières pluies suffisent à transformer les voies en torrents. Les eaux envahissent habitations, écoles et installations sanitaires. Les fosses débordent, compromettant toute tentative de gestion maîtrisée des déchets liquides.
Dans un tel contexte, l’exigence réglementaire se heurte à une contrainte structurelle majeure : l’insuffisance des infrastructures de drainage et d’assainissement. Installer des latrines aux normes suppose des sols stabilisés, des systèmes d’évacuation efficaces et un accompagnement technique adapté. Or, l’urbanisation rapide et l’aménagement encore fragile de certaines zones exposent les habitants à des conditions qui dépassent souvent leurs capacités financières et techniques.
La salubrité publique ne peut reposer exclusivement sur la contrainte administrative. Elle requiert une politique intégrée : investissements en voirie, réseaux d’évacuation des eaux pluviales, plans d’urbanisme cohérents et dispositifs d’appui aux ménages vulnérables. Sans ces leviers structurels, l’obligation risque de se réduire à une formalité normative difficilement applicable sur le terrain.
La problématique d’Agoè-Nyivé 4 met ainsi en lumière un enjeu plus large : celui de l’articulation entre réglementation, infrastructures et réalités sociales. L’amélioration durable du cadre de vie passe par une synergie entre autorités locales, services techniques et populations.
Il convient de rappeler qu’au niveau national, le gouvernement togolais a lui-même renforcé cette orientation. Le 12 février 2026, à travers la circulaire conjointe n°186/MATGLAC/MERFPCCC/MSHPCSUA/MATU/2026, il a ordonné un renforcement immédiat des actions communales en matière de gestion des déchets, d’assainissement et de protection de l’environnement, confirmant ainsi que la question de la salubrité constitue désormais une priorité stratégique à l’échelle du pays.
La rédaction






