
La journée du samedi 30 août 2025 a offert un contraste saisissant dans la contestation du régime de Faure Gnassingbé. À Paris, sur la Place de la République, plusieurs centaines de Togolais de la diaspora se sont rassemblés pour dénoncer avec force la nouvelle Cinquième République, perçue comme un dispositif taillé sur mesure pour prolonger le règne du chef de l’État.
À Lomé, en revanche, la marche citoyenne prévue le même jour a été empêchée par un imposant dispositif sécuritaire.
Une marche symbolique interdite
Initiée par le mouvement M66, collectif d’artistes et de blogueurs de la diaspora, la manifestation devait se tenir sur les trottoirs de la capitale, afin de ne pas perturber la circulation. Elle visait à honorer la mémoire de Sylvanus Olympio, premier président du Togo, et à rappeler la date historique du 30 août 1956, marquant l’accession du pays au statut de République autonome.
Mais dès l’aube, la marche a été neutralisée par un déploiement massif des forces de sécurité, transformant cette initiative pacifique en symbole des tensions politiques actuelles.
Des opposants assignés de fait à résidence
Dans la nuit précédant l’événement, plusieurs personnalités de l’opposition et de la société civile ont vu leurs domiciles encerclés.
Parmi elles, Marguerite Gnakadé, ancienne ministre des Armées devenue une critique farouche du régime, qui réclame la démission du président du Conseil, Faure Essozimna Gnassingbé, au pouvoir depuis vingt ans.
La députée Kafui Adjamagbo-Johnson, figure emblématique de l’opposition, a également été empêchée de sortir. Sur sa page X (ex-Twitter), elle a dénoncé une « atteinte grave aux libertés individuelles » et lance un appel :
« Le monde entier regarde désormais le Togo. Continuons à faire entendre notre voix pacifiquement mais fermement. Ensemble, nous bâtirons un avenir sans Faure, un avenir où chaque citoyen comptera. »
Artistes et militants sous pression
L’artiste Essowè Narcisse, alias Aamron, déjà arrêté le 26 mai dernier par une cinquantaine de gendarmes pour ses critiques contre le chef de l’État, a de nouveau vu son domicile encerclé le 30 août. Sa famille, mobilisée pour participer à la marche, a été contrainte de rester à l’intérieur.
D’autres regroupements spontanés ont été dispersés dans plusieurs quartiers de Lomé, confirmant la volonté des autorités d’étouffer toute expression publique de contestation.
Libertés en sursis
Pour les initiateurs du mouvement M66, cette répression illustre l’affaiblissement inquiétant des libertés démocratiques au Togo. La marche, conçue comme une action « citoyenne et symbolique », s’est transformée en démonstration de force du régime face aux voix dissidentes.
À la célébration du 69ᵉ anniversaire de l’accession du pays au statut de République autonome, une question s’impose : quelle place reste-t-il pour l’expression démocratique au Togo ?
Editorial staff